Un comique qui fait parler

Hélène Ménal

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A 41 ans, Jean-François Piquet signe son deuxième spectacle.
A 41 ans, Jean-François Piquet signe son deuxième spectacle. — Act's

Sur scène, pour savoir si les spectateurs se gondolent, Jef's capte un rai de lumière et vérifie que leurs têtes bougent. C'est le moyen le plus simple qu'a trouvé ce comique sourd pour prendre le pouls de la salle. «Je ressens aussi la vibration, l'énergie des rires», dit-il. Sauf cette fameuse fois, dans un foyer de personnes âgées, où l'air est resté absolument et irrémédiablement immobile pendant tout le spectacle.

Parents sans baby phone…


Mais le temps des maisons de retraite est révolu. A partir de mardi, c'est au théâtre du Grand-Rond, que Jef's tiendra le haut de l'affiche pendant deux semaines avec son tout nouveau et deuxième one-man-show intitulé Sourd toujours. La suite de Sourd et Alors ? un spectacle qu'il a joué plus d'une centaine de fois, à Avignon notamment. «Dans ce premier opus, j'expliquais le monde des sourd aux entendants. Là, j'ai passé le cap, je raconte ma vie, tout simplement», explique Jean-François Piquet, prof de langue des signes (LSF) à la ville et père de deux préadolescents entendants. Pour ce militant de la cause sourde, l'essentiel est de ne pas se cantonner à un humour ghetto. Les spectacles en LSF sont légions, le sien, qui s'adresse à un public mixte est unique. «Notre langue est différente mais nous avons les mêmes émotions, le même cœur», souligne l'artiste bien décidé à expliquer comment de parents peuvent se passer de baby phone et à livrer une version muette du « Ô Toulouse » de Nougaro. Des blagues sans parole ? Pas de panique. Alexandre Berhnardt, le metteur en scène, s'occupe des bruitages et des traductions. Mais uniquement en cas de nécessité. «Jef's fait aussi beaucoup de pantomime. Il y a un génie sourd pour ce genre artistique», précise ce complice qui «baragouine» la LSF et reproche constamment à l'artiste d'en dire trop sur les surprises que réserve ce nouveau spectacle. Mais le grand bavard ne la mettra vraiment en sourdine que quand il aura fait l'Olympia.

■ Succès attendu

Malgré le côté ovni du spectacle, Eric Vanelle, le coordonnateur du théâtre du Grand-Rond, n'est «absolument pas inquiet» pour le remplissage de la salle. Il est persuadé qu'il accueillera un large public d'avertis mais aussi de curieux. Il faut dire que ce théâtre collabore depuis dix ans avec l'association Act's qui veut décloisonner la culture sourde. La programmation de Jef's est un aboutissement.