La thèse qui fait grincer des dents

Béatrice Colin

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Le procès se tient ce vendredi devant le tribunal correctionel de Paris.
Le procès se tient ce vendredi devant le tribunal correctionel de Paris. — F. Scheiber / 20 Minutes illustrtation

La femme de l'actuel administrateur de la faculté dentaire a-t-elle, avec la complicité de son mari, plagié le mémoire d'un étudiant en Master 2 pour réaliser sa propre thèse de doctorat ? C'est en tout cas pour ces faits que Michel et Christine Sixou sont mis en examen et comparaîtront vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris.

Tableaux et expertises


Les faits remontent à 2006. A l'époque, Samer Nuwwareh travaille au sein du laboratoire de recherches dirigé par Michel Sixou. En juin, cet étudiant jordanien dépose son mémoire et le présente à l'oral le mois suivant. Mais à cause d'erreurs de syntaxe, dues à son mauvais français, il est obligé de le représenter en septembre. Fin août, Christine Marchal-Sixou, doctorante à l'université Paris-Descartes, et stagiaire dans le même laboratoire toulousain, dépose à son tour sa thèse sur un sujet quasi-identique. Elle obtient son doctorat et par la suite un poste à l'université Paul-Sabatier. «Dans sa thèse, on trouve les mêmes fautes d'orthographe laissées sur les mêmes tableaux que ceux de mon client. Trois experts, professeurs d'université qui ne sont pas de Toulouse, ont reconnu qu'elle avait repompé son mémoire», dénonce Annie Cohen-Tapia, l'avocate de Samer Nuwwareh qui vit aujourd'hui au Canada. «Je me suis senti trahi et volé. Aujourd'hui je veux que la paternité de mon travail me soit rendue», insiste le plaignant. Du côté de la défense, on nie farouchement ces accusations de plagiat. «C'est un travail collectif, c'est normal qu'on le retrouve dans les deux documents. Ces tableaux étaient d'ailleurs dans le mémoire de DEA de ma cliente qui date de 2004», précise François Cantier, l'avocat de Christine Marchal-Sixou. Pour ce dernier, le couple serait victime «d'une cabale, orchestrée par quelques universitaires et destinée à les abattre. Ces accusations ont été portées par ce garçon deux ans après les faits, il a été manipulé». «A chaque fois qu'on dénonce un fait ce n'est pas une cabale, le juge ne met pas en examen comme ça», répond Annie Cohen Tapia.

■ Doyen

Michel Sixou a été le doyen de la faculté dentaire de 2008 jusqu'à septembre 2013. Il en est aujourd'hui l'administrateur, en attendant de nouvelles élections.