Le Patriarche à la barre mais sans son gourou

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Les cures de désintox cachaient une gigantesque pompe à fric. Le procès du Patriarche, association qui a défrayé la chronique à la fin des années 1990, s'ouvre aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Toulouse, délocalisé pour l'occasion à Villefranche-de-Lauragais. Quatorze prévenus doivent répondre d'infractions diverses allant de l'abus de biens sociaux, de confiance ou de faiblesse, au recel de blanchiment d'argent. L'escroquerie porte sur des millions d'euros. Mais on sait d'ores et déjà que le principal protagoniste brillera par son absence : Lucien Engelmajer, le gourou à la crinière argentée, a pris la fuite en 1998 et vivrait au Belize, un petit Etat d'Amérique centrale.

Les débats devraient pourtant s'attarder sur la personnalité ambiguë de cet ex-brocanteur. Sur ce « sauveur » aux méthodes de sevrage révolutionnaires qui, en 1972, a créé sa communauté à Grenade (Haute-Garonne) pour y accueillir drogués et marginaux. Mais aussi sur ce chef aux dérives sectaires, mis en examen pour « viol sur mineures » dans un autre volet de l'affaire, qui a bâti un empire financier grâce au travail bénévole de ses protégés. « C'est un sorcier, un manipulateur », estime Guy Debuisson, avocat de Jean-Yves Le Garrec, l'ancien comptable de l'association. Son client a quitté le Patriarche en 1997. Aujourd'hui, il se dit « victime comme les autres ». Mais affirme aussi devoir la vie à Lucien Engelmajer.

H. M.

Sur le banc des prévenus figure Jean-Paul Séguéla, l'ex-maire RPR de Bessières. De 1993 à 1995, l'élu était aussi le « Monsieur Drogue » de Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur. Il aurait dans ce cadre largement subventionné le Patriarche et bénéficié de prêts personnels en contrepartie.