Un «appareil photo» pour spermatozoïdes

Hélène Ménal
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Le Pr Lawrence Doerickx.
Le Pr Lawrence Doerickx. — DR

«Détourner» un appareil généralement utilisé en cancérologie pour jauger la vigueur des spermatozoïdes. C'est le coup de génie qui vient de valoir à l'équipe de Lawrence Dierickx, médecin nucléaire à l'Institut Claudius-Régaud, de décrocher une enveloppe d'Etat de près de 350 000 € pour poursuivre ses recherches. L'appareil d'imagerie en question est un Tep Scan. Il sert à mesurer l'évolution des cancers : on injecte au patient un marqueur chargé en sucre dont les tumeurs sont friandes et les images obtenues permettent de les visualiser.

De l'intuition à la réalité


D'autres cellules raffolent du glucose. Celles qui, dans les testicules, interviennent dans la spermatogénèse. Du coup, le Tep Scan fournit aussi une cartographie de «l'usine à spermatozoïdes», éclairant les zones fortement productrices, laissant dans l'ombre les sinistrées. Cette fonction bonus de l'appareil est connue depuis les années 80. Mais Lawrence Dierickx a décidé de convertir une intuition en vérité scientifique. Il a comparé les images testiculaires de quinze patients rendus stériles par une chimio et celles obtenues à partir du sperme congelé de ces mêmes patients. Tout colle. La découverte est majeure pour lutter contre l'infertilité masculine. «Dans le cadre d'une procréation médicalement assistée, le Tep Scan peut guider la biopsie et permettre de prélever à l'endroit exact où se trouvent les spermatozoïdes et non plus à l'aveugle. Cela augmenterait les chances de succès», explique le médecin. Avec le CHU, et doté de sa bourse, il démarre un essai clinique sur 150 patients stériles.

■ Chute

La stérilité touche 2 à 3 % de la population masculine. La production de spermatozoïdes chez l'homme français a reculé de 32 % entre 1985 et 2005.