A la gauche de la gauche

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 Sans être connu,son visage est familier. Surtout lorsque les champs de maïs transgéniques sont prêts à être fauchés. Aux côtés de José Bové, le Toulousain Jean-Michel Clavel, 54 ans, n’est jamais le dernier à arracher des pieds d’OGM. Comme son copain de lutte, ce fils de paysan du Cantal se retrouve convoqué au commissariat et assume sans complexe, tant il est convaincu du bien-fondé de la cause et de la nécessité d’avoir un référendum sur le sujet. « Nous ne serions jamais arrivés au fauchage s’il y avait eu un débat. Une majorité est contre et une minorité va jusqu’à la désobéissance civique. Ce n’est pas parce que nous sommes peu nombreux que nous avons tort », insiste ce militant de la première heure. Déjà, en 1972, Jean-Michel l’étudiant était sur le Larzac pour s’opposer à l’extension du camp militaire. Quelques années plus tard, il se battait contre les essais nucléaires et dénonçait l’amiante. « On nous traitait de rigolos, aujourd’hui tout le monde dénonce sa nocivité », note le porte-parole des faucheurs volontaires 31. Partout où son métier d’enseignant de lettres et d’histoire l’a conduit, il n’a pas résisté à participer au débat d’idées. D’abord dans le Nord, puis à Saint-Affrique, où il a monté une radio associative pour diffuser un autre son de cloche. De ce coin de l’Aveyron, il a réussi, avec des amis, à faire venir des alternatifs de la musique, tel Manu Chao. A Toulouse, c’est aux côtés des Motivé-e-s qu’il s’est engagé. « Je cherchais un changement réel non incarné par le Parti socialiste », explique cet opposant à l’ultra-libéralisme. Dans la lignée du sociologue Pierre Bourdieu, il se situe « à la gauche de la gauche ». D’où son engagement à l’Alternative Midi-Pyrénées. Lors des réunions, où chacun cogite sur la façon d’établir des candidatures unitaires aux législatives et à la présidentielle, il n’hésite pas à tenir le rôle de scribe. C’est un de ses multiples engagements, comme celui d’être enseignant en lycée professionnel. « Je me pensais plus utile là que dans d’autres secteurs éducatifs. J’ai l’impression de faire oeuvre utile. » Des choix auxquels il ne sacrifie jamais sa vie privée. « Lorsque mon petit-fils est avec moi, je reste à la maison, fauchage ou pas. »

Béatrice Colin