Menacé de mort, un prof au secret

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Le lycée Pierre- Paul-Riquet (Saint-Orens-de-Gameville) affichait hier une certaine sérénité. Pourtant, le 19 septembre, Robert Redeker, un prof de philo, a été menacé de mort, par e-mail et par téléphone, après la publication le jour même d'une tribune sur l'islam dans Le Figaro. Dans « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? », il qualifiait entre autres le Coran de « livre d'inouïe violence ». Une position similaire à celle qu'il avait prise dans une lettre ouverte au Monde en 2001. Mais pas au point de devoir vivre avec sa famille dans un endroit secret, sous la protection de la DST, comme aujourd'hui. Hier sur i-Télé, il a précisé que des forums djihadistes avaient donné « toutes les coordonnées pour pouvoir [l']assassiner » et qu'il devait « changer de domicile tous les deux jours ». La section antiterroriste de Paris a ouvert une enquête.

Peu après la publication de la tribune, Robert Redeker avait informé le proviseur que le nom du lycée apparaissait sous la signautre, ce qui pourrait avoir un impact sur la vie de l'établissement. « Pour prévenir toute forme de psychose ou de tension, j'ai pris le parti d'expliquer la situation aux parents et professeurs. Les émotions sont vite retombées », raconte le proviseur Pierre Donnadieu, qui veille dans son établissement « au respect de la laïcité et de la neutralité ». Ses propos « ont été en mesure d'apaiser les inquiétudes et toutes nos craintes... Pour nous, une seule chose compte, c'est la sérénité des élèves et la continuité de l'enseignement », souligne de son côté Monique Fabre, présidente du conseil local FCPE. C'est chose faite depuis hier matin. Un prof a assuré les cours de Robert Redeker, dispensé d'enseignement jusqu'à la Toussaint. D'ici là, le remplaçant ne manquera de discuter avec ses collègues de cette affaire. La majorité d'entre eux sont pour une liberté d'expression garantie et trouvent anormal les menaces qui pèsent sur Robert Redeker. « Mais 90 % d'entre nous ne partagent pas ses opinions. C'est un polémiste. Ce qu'il écrit est un parti pris. Néanmoins, les réactions sont disproportionnées », commentaient hier quatre membres du corps enseignant.

B. C.