Jean-Paul Brèque : «Nous nous adaptons à la délinquance»

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Jean-Paul Brèque, directeur départemental de la sécurité publique.

Selon l'indicateur national des violences urbaines, celles-ci augmentent sans cesse en Haute-Garonne...

Depuis les événements de novembre, il y a eu une légère augmentation, pas constante mais effective. Mais à la différence de villes où il y a quatre voitures brûlées tous les jours, ici, on peut avoir quatre jours sans un jet de pierre. La situation a d'ailleurs tendance à se tasser depuis le milieu de l'été.

Comment l'expliquez-vous ?

Il y a eu un élan d'agitation après novembre 2005. Les délinquants mettent plus facilement le feu à une voiture qu'avant. Mais il ne faut pas oublier que 30 % des voitures brûlées le sont dans le cadre de la délinquance pure, comme les règlements de compte.

Et celle-ci augmente aussi ?

Il y a deux volets. D'abord la violence gratuite, souvent intrafamiliale. En nous intéressant davantage à ces cas, nous augmentons les statistiques. On a créé une unité sur les violences dans le milieu familial et conjugal. Elle épluche la main courante et gratte pour savoir ce qui s'y passe. Quant à la violence acquisitive [vols avec violence], elle a tendance à être en hausse. Comme c'est de plus en plus dur de braquer des banques, ils attaquent et brutalisent les gens. On essaie de la limiter.

Toulouse va tester un système de vidéosurveillance. Qu'en pensez-vous ?

Je ne peux y être que favorable. A partir du moment où la zone est surveillée, il y a un effet dissuasif et on peut avoir des éléments de preuve.

La police municipale en aura la charge. Ne remplace-t-elle pas la police de proximité ?

Non, car la police de proximité n'a pas été abandonnée. Il y a eu un redéploiement des effectifs sur tous les services. Mais comme serrer des mains n'a jamais fait avancer la police, le policier reste un policier, son rôle est d'arrêter les voleurs, pas d'aller border les gens dans leur lit. La moitié des enquêtes sont d'ailleurs réalisée par les policiers de proximité.

Vos taux d'élucidation des affaires augmentent... Vous étiez moins bons avant ?

Nous sommes le cinquième département en termes de progression. Cela s'explique par de nouveaux moyens d'investigation et un redéploiement des effectifs. En ce moment par exemple, les vols d'appareils de type MP3 sont plus nombreux. On va mettre une équipe sur ce problème. On s'adapte à la délinquance.

Après le fait divers du Pont Neuf, avez-vous reçu des instructions particulières sur la marginalité ?

L'événement survenu le 12 septembre est exceptionnel. Si l'étudiant était parti dans une autre direction, si les interpellés n'avaient pas bu ou pris des substances, cela ne se serait jamais arrivé. Nous avons des instructions permanentes pour lutter contre ce type d'agression. Mais nous ne pouvons pas dire aux jeunes qui sirotent une canette de dégager ou les arrêter. On le fait uniquement quand ils commettent une infraction.

Recueilli par B. C.