L'intime conviction que la vérité est ailleurs

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Sans l'explosion du 21 septembre 2001, Michel Bouchardy coulerait une retraite tranquille. L'ingénieur chimiste de 65 ans aurait tourné la page sur les vingt années de carrière passées dans cette usine devenue fantôme. Un site où il ne travaillait déjà plus au moment du drame. Le « choc », il l'a ressenti deux heures après ses collègues. Quand, venu de Narbonne, il s'est précipité sur les coteaux de Pech-David. « Je suis resté pétrifié », se souvient-il.

Depuis, l'homme est passé par tous les sentiments : « la curiosité intellectuelle dans les premiers jours », et maintenant « l'abattement ». Il faut dire que cet ancien cadre de l'atelier des produits chlorés fait partie du camp des sceptiques. Quelques semaines après l'explosion, il a rejoint les rangs de l'association AZF-Mémoire et Solidarité, où d'anciens salariés comme lui combattent la thèse « officielle » de l'accident chimique. En tant que président de la « commission Vérité », il a pris son « bâton de pèlerin » et discuté avec les sinistrés dans les quartiers. « Sans jamais rencontrer d'hostilité », assure-t-il. Il a aussi suivi l'enquête au plus près. « J'étais un citoyen modèle qui mettait la justice sur un piédestal. Maintenant, je suis déçu. Car personne n'a pris la peine de se pencher sur les phénomènes qui ont précédé l'explosion », dit-il. Posément, Michel Bouchardy énumère les éléments qui le chiffonnent : « Cet hélicoptère enregistré par les caméras de télévision, cette double explosion que tout le monde a entendue... » Il n'a pas de thèse personnelle. Juste une intime conviction que l'on veut « liquider le dossier ». Alors le retraité retourne sans cesse à l'usine. Et, à la permanence de l'association, il tente, « impuissant », de réconforter les veuves.

Hélène Ménal