Des blessures qui n'ont pas cicatrisé

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Les atteintes auditives sont au premier rang des blessures et séquelles déclarées dans les enquêtes. C'est ce qui ressort du dernier rapport sur les conséquences sanitaires de l'explosion de l'usine AZF publiée par la commission de suivi épidémiologique de l'Institut de veille sanitaire. Dix-huit mois après l'accident, 7 % des habitants de la zone proche ont déclaré avoir eu une séquelle auditive. Certains ne s'en sont pas préoccupés dans l'immédiat. « Ainsi, près de 30 % des salariés d'EDF situés à proximité nous ont dit avoir eu des bourdonnements, des troubles auditifs, mais n'ont pas consulté », rapporte Thierry Lang, président du comité de suivi épidémiologique AZF. Dans les cinq jours suivants le 21 septembre, trois fois plus d'infarctus du myocarde ont été observés... et non comptabilisés dans le bilan officiel de 30 morts et 2 500 blessés.

Ces conséquences physiques ont souvent été doublées de problèmes psychologiques. « Ce qui est frappant, c'est leur caractère durable dans le temps. Il y a eu l'impact de l'explosion le jour même, mais certaines conséquences ont été aggravantes, comme les difficultés de logement, de réalisation du dossier d'indemnisation ou encore les pertes d'emploi », enchaîne le professeur de médecine. Yves en est la démonstration vivante. A l'époque, il vivait dans une rue perpendiculaire à la route d'Espagne. « Depuis, je suis sous traitement médical. J'ai un grave dysfonctionnement de l'oreille interne et des pertes d'équilibre. Cela s'est transformé en dépression et j'ai dû démissionner de mon travail. Aujourd'hui je ne vois pas le bout du tunnel », déplore cet homme de 44 ans, obligé d'aller vivre en banlieue.

Béatrice Colin