La Maison des journalistes, lueur d'espoir dans l'exil

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Ils sont journalistes et le paient au prix fort. Celui de l'exil. Sous la menace, ils ont dû quitter leur pays d'origine, leur famille et leurs amis. Créée par une poignée de confrères, soutenue par Reporters sans frontières, la Maison des journalistes (MDJ) leur ouvre ses portes. Depuis 2002, elle héberge pendant six mois à Paris les rédacteurs, reporters ou caricaturistes en danger. Le temps qu'ils obtiennent le statut de réfugié politique, jusqu'ici toujours accordé.

« Nous venons de recevoir notre centième résident, indique le directeur, Philippe Spinau. Grâce à une vingtaine de médias parrains et à la Commission européenne, nous offrons quinze chambres à des professionnels de tous les continents, dont 50 % de non-francophones. Nous fournissons bons alimentaires, titres de transports et accès Internet. » Françoise est une des résidentes. Il y a trois ans, elle présentait encore le JT de 19 h sur l'unique chaîne d'un pays d'Afrique de l'Ouest. Pour protéger ses proches, elle tait son vrai nom. « En 2003, j'ai adhéré clandestinement à un parti d'opposition, explique-t-elle. Impossible de le faire ouvertement lorsqu'on travaille pour les médias publics d'un régime dictatorial ! J'ai été dénoncée et jetée en prison dix jours. Je suis partie avant qu'on ne m'emprisonne définitivement. » Après trois ans de « survie » chez son frère et une amie à Paris, elle est entrée à la MDJ en avril.

Nadjine l'y avait précédée fin 2004. Ex-présentatrice de la télévision nationale haïtienne (TNH), elle a fui après la chute du dictateur Aristide, en février 2004. « Les anciens opposants voulaient abattre les représentants de la TNH, qu'ils jugeaient aux ordres d'Aristide. J'ai subi des menaces de mort et des agressions répétées », témoigne-t-elle. L'équipe de la MDJ l'a aidée à garder la main professionnellement, grâce à L'Œil de l'exilé, son journal en ligne. « Mais comme beaucoup d'autres, je n'ai pas retrouvé de travail ici... J'ai donc entamé des études de droit en espérant rentrer dans deux ou trois ans. La France, ce n'est pas ma vie. » Plutôt un abri provisoire, ouvert à quelques-uns des 1 300 journalistes agressés ou menacés qu'a recensé Reporters sans frontières dans le monde en 2005.

Dan Israel