«90 minutes» à la trappe, remue-ménage à Canal+

©2006 20 minutes

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« 90 minutes » disparaît brutalement. Et bruyamment. Pétition des salariés de Canal+, protestation de la Société des journalistes, textes de soutien... « La mobilisation va au-delà de l'émission de Paul Moreira, affirme le syndicat autonome +Libres. Supprimer ce mag très politique à la veille de la campagne présidentielle n'est pas bon signe pour la liberté éditoriale de Canal. » Ni pour celle des autres mags d'investigation. « Ces programmes dérangent toujours, surtout en période électorale », note Benoît Duquesne, présentateur de « Complément d'enquête » sur France 2. « Cette nouvelle est une mauvaise surprise, complète Pascal Richard, rédacteur en chef de « Pièces à Conviction » sur France 3. Avec Duquesne et Moreira, nous n'étions déjà que trois vrais représentants du genre. Sans doute parce que nos rendez-vous étaient produits en interne. »

Les « boîtes de prod » externes, tenues de vendre leurs reportages pour survivre, seraient plus dociles... Or « Lundi investigation », l'autre case enquête de la chaîne cryptée, emploie des prestataires extérieurs. Et c'est son existence qui justifie la suppression de « 90 minutes ». « Il y avait confusion, assure Ara Aprikian, directeur du pôle flux. Et pour maintenir un haut niveau, mieux vaut renouveler régulièrement les auteurs des sujets. Rien à voir, donc, avec des pressions politiques. » Mais tout à voir avec des conflits internes ? « Le courant n'est jamais passé avec la nouvelle direction de Canal, symbolisée par Rodolphe Belmer, directeur général depuis 2003, reconnaît un journaliste. Et puis, on coûtait très cher... »

Bernard Nicolas, autre membre de la cellule enquête de Canal, concède que « la ligne éditoriale était devenue moins percutante. Reste que pendant sept ans, nous avons traité des affaires ignorées ailleurs, tout en satisfaisant les abonnés. En février 2005, par exemple, quand nous avons montré l'armée française tirant sur la foule en Côte d'Ivoire. » Décidé à produire en solo des enquêtes plus longues, Nicolas avait déjà choisi de quitter l'émission. Comme Jean-Baptiste Rivoire, qui prépare une émission conso pour la chaîne. Le sort de leurs six collègues est en négociation.

Alice Coffin