Comment une série télé meurt-elle?

TÉLÉVISION ux experts des séries américaines reviennent pour «20 Minutes» sur certains codes privilégiés par les scénaristes...

Anaëlle Grondin
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Une scène d'un épisode de la série américaine «Dr House» diffusé en 2006 sur la Fox.
Une scène d'un épisode de la série américaine «Dr House» diffusé en 2006 sur la Fox. — ADMEDIA/SIPA

Attention, les fins d’«anciennes» séries comme «24 heures», «Six feet under», «Lost»  ou «The Shield» sont évoquées dans cet article.

Une semaine après le clap de fin de «Desperate Housewives», la série «Dr House»va être euthanasiée ce lundi soir au Etats-Unis. Huit ans après le premier épisode, «Everybody Lies», la Fox se prépare à diffuser «Everybody dies». La nouvelle est tombée il y a quelques mois seulement. Personne ne peut savoir à l’avance comment les scénaristes de la série ont choisi d’y mettre un point final. Il en était de même il y a dix jours encore concernant la destinée des femmes au foyer de Wisteria Lane. Toutefois, il est possible de retrouver certains «codes» dans les fins de séries. Pierre Sérisier, journaliste et auteur du blog Le Monde des séries, et Virginie Marcucci, auteure du livre Desperate Housewives: Un plaisir coupable?, ont remarqué des similitudes dans les ficelles utilisées par les scénaristes.

Garder le héros intact

Première chose à savoir: «On ne fait pas mourir les héros», assure Pierre Sérisier. «Les scénaristes se disent "pendant quelques années vous avez grandi avec ces gens, on a passé un moment ensemble". Les personnages nous ont accompagnés». Selon cet expert des séries télé américaines, «si on tue les héros, c’est un choc trop fort. On attend que la série boucle quelque chose. Par exemple, Jack Bauer s’en va vers une autre destinée dans "24 heures chrono". Pareil pour "The Shield", le personnage continue son existence».

Fermer le récit ou ouvrir un nouveau chapitre

«Il me semble qu’il y a deux choses: soit on ferme le récit, soit on ferme en ouvrant un nouveau chapitre dont on ne parlera pas. Dans "Six Feet Under", le récit se ferme complètement, par exemple. Dans "Sex and The City", le grand fil rouge, c’est l’histoire entre Carrie et Big. Dans le dernier épisode on les voit finir ensemble», indique Virginie Marcucci. «Il y a aussi des séries type "Lost", où l’intrigue est basée sur un mystère. Le dernier épisode est censé donner une réponse à toutes les questions posées. Il y a eu des réactions mitigées, d’ailleurs: certains ont crié au scandale car plusieurs choses sont restées en suspens», rappelle Virginie Marcucci. «Enfin, il y a des séries qui se terminent dans un nouveau départ, dont on ne nous parle pas. Dans "Buffy contre les Vampires", Buffy sauve une ville et se rend dans une autre. Cela peut être une source de spin-off. A la fin de "Friends", Monica et Chandler vont avoir un enfant et emménagent dans une nouvelle maison», souligne Virginie Marcucci. «Vous avez la perspective de vous dire que quelque part vos héros continuent de vivre ailleurs. Ça ouvre un peu la porte même si on sait qu’on n’ira jamais voir ce qui se passe derrière.» Pour Pierre Sérisier, il est important de toujours dire aux téléspectateurs «que la vie continue. C’est le message du clap de fin. Il y a un besoin de transmettre une sorte de message d’espoir.»

Laisser un bon souvenir

Généralement, les fins de séries sont prévues longtemps à l’avance par les scénaristes, même s’il arrive que certaines séries soient brusquement arrêtées pour des raisons d’audiences ou de budget, comme les «Experts: Miami» cette année. Ceux qui préparent longuement les épisodes finaux en amont «se demandent: "Est-ce que c’est à la fois suffisamment étonnant et acceptable?". Souvent, l’épisode final est la dernière image qu’on garde d’une série. Il faut laisser un bon souvenir, quitte à rester un peu fade. Dans "Le Prisonnier", on découvre que l’agent numéro 6 est en fait le numéro 1, c’était toute l’énigme de la série. Cette révélation a provoqué une vraie colère chez les fans. Le créateur de la série, Patrick McGoohan, a reçu des menaces et a dû s’exiler aux Etats-Unis», raconte Pierre Sérisier. «Les gens se disaient: "C’était totalement bidon, pourquoi j’ai regardé ça tout ce temps-là". C’est un peu comme pour "Lost" qui a fait scandale. Il faut ménager le public, car au fil du temps on a une vraie relation affective avec la série.»

Entendre les téléspectateurs

Cela veut-il dire que les scénaristes prennent maintenant en compte les attentes des téléspectateurs pour décider du dénouement? Oui, dans une certaine mesure, répond Pierre Sérisier: «Aujourd’hui, les scénaristes sont obligés de tenir compte des retours des spectateurs, accélérés avec Internet. Ils savent que ça joue, qu’il y a des gens qui se mobilisent. Les scénaristes font ce qu’ils veulent mais ils tiennent compte de ça.» Virgnie Marcucci est d’accord tout en précisant que «ça ne veut pas dire qu’ils sont à la merci des fans tyranniques».

Donner l’opportunité de dire au revoir

«La fin d’une série, c’est une sorte de grand-messe, un rendez-vous où tous ceux qui l’ont suivie se retrouvent pour une communion. Il y a forcément un côté liturgique dans la fin», estime Pierre Sérisier. «Pour le téléspectateur, c’est une sorte de phénomène de deuil qui se fait. On n’a pas envie que ça se termine. On a un sentiment d’abandon. C’est un moment qui peut être parfois douloureux pour certaines fictions. D’où la nécessité de ne pas rendre les choses plus pénibles». Virginie Marcucci renchérit: «On aime faire revenir les personnages emblématiques pour que les téléspectateurs puissent leur dire au revoir. C’est le cas d’"Urgences" et de "Desperate Housewives", par exemple. On aime bien faire un peu le bilan, revoir des personnages qu’on a aimés.»