Canal+ prend le virage de l'«infotainment»

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A fond l'info ? A la rentrée, Canal+ bouleversera ses grilles pour se lancer dans le grand compte à rebours de la présidentielle de mai 2007. Tout en promettant «une tonalité impertinente et décalée», incarnée par un trio de fortes têtes : Thierry Ardisson, Laurence Ferrari et Pascale Clark. Dès le 4 septembre, cette dernière proposera à la mi-journée une version remaniée, quotidienne et en direct, d'« En aparté ». Jusqu'ici diffusé à 13 h 50 le samedi, le concept changera de titre, accueillera plus de reportages et de nombreux hommes politiques. « On va s'émanciper du portrait de personnalité, pour faire réagir nos invités à l'actu quotidienne, précise la journaliste. Mais en gardant un regard alternatif, loin de l'info télé classique. » Actuelle locataire de la case, avec « Nous ne sommes pas des anges », Maïtena Biraben applaudit, fair-play : « Pour se distinguer face aux “13 heures” des autres chaînes, il faut une vraie contre-programmation. » Même le traditionnel JT de 12 h 50 adoptera le fameux « ton Canal », a assuré Rodolphe Belmer, directeur général de la chaîne, hier sur Europe 1.

Cette ambition de sonner « différent » s'affichera dans tous les programmes d'actu. Débauchée de TF1, Laurence Ferrari a ainsi été mandatée pour couvrir la campagne électorale, côté coulisses. Ici, point de débats pontifiants en plateau, mais un décryptage hebdomadaire de la stratégie de communication des candidats. Et c'est la (grande) « gueule » Thierry Ardisson qui devrait enfoncer le clou. Récent démissionnaire de France 2, il piloterait « une revue d'actu déjantée » chaque week-end dès novembre. «Rien n'est signé», précisait hier son entourage. Mais il planche sur un talk-show proche du « Jon Stewart Daily Show » de la chaîne câblée américaine Comedy Central. Le roi US de l'« info-tainment » y revendique son mépris pour « toute objectivité, intégrité ou pertinence journalistique » ! Pourtant, le mélange des genres avait justement coûté sa place à Karl Zéro. «Tout est une question de dosage et de précaution», plaide-t-on en interne. Entre l'info et le spectacle, Canal se prépare à jouer les équilibristes.

Christel Brigaudeau