Raphaël Krafft: «La France, un pays morose, certainement pas!»

INTERVIEW Pendant trois mois, Raphaël Krafft et Alexis Monchovet ont traversé la France en vélo, à la rencontre des Français en période d'élection. Leur road-movie, dont on a pu découvrir les épisodes sur le Web au fur et à mesure de leurs étapes, se transforme en un documentaire diffusé ce mardi à 23h30 sur France 2...

Propos recueillis par Annabelle Laurent

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Raphaël Kraft, journaliste de La Campagne à vélo, et Odette à Labastide-Murat (Gard).
Raphaël Kraft, journaliste de La Campagne à vélo, et Odette à Labastide-Murat (Gard). — Capture Youtube

3.500 km parcourus en 90 jours, avec 50 kg de bagages, sous l'œil de cinq caméras dont quatre vissées aux vélos. Dimanche soir, à Marseille, Raphaël Krafft et Alexis Monchovet sont parvenus au bout de leur périple. Un périple qu’ils ont partagé avec des Français de tous horizons, tous bords politiques, qui les ont accueillis chez eux pour un verre ou un dîner. Car pour prendre le pouls de la campagne avant le vote du 6 mai, l’équipe s’était fixé une règle: pas d’hôtel. Retour sur ces trois mois avec Raphaël Kraft, un habitué du journalisme à vélo.

Votre tour de France vient de s’achever. Fatigués?

Et contents! C’était trois mois assez intenses. Mais le vélo, ce n’est pas le plus dur. Le plus dur, c’est de trouver la petite histoire.

Marc le conspirationniste, Papa Rasta, Odette, Farez… Vous avez rencontré des personnages étonnants. Tout s’est fait sur place, ou vous aviez quelques rendez-vous fixés à l’avance?

On a rencontré la majeure partie des gens par hasard. J’en avais déjà rencontrés certains en 2007 lors d’une première campagne à vélo, et c’est aussi arrivé que des gens nous indiquent sur Facebook ou Twitter des connaissances à eux. Mais en fait, il y a plein de gens qui venaient spontanément vers nous. Quand on arrivait, on avait pédalé des heures, quelque soit le temps… Grâce à ça, grâce au vélo, il y a une égalité du regard qui se crée, le type il te pose des questions…

Et vous invite chez lui. Vous semblez ne pas avoir eu beaucoup de mal à vous passer d’hôtel. Et même face la caméra, les gens se confient assez facilement…

L’hospitalité dépend beaucoup du voyageur. Les gens ne nous prenaient pas au sérieux, on leur disait qu’on était journalistes mais bon, on était parfois sales, souvent mal rasés… Et puis le vélo, c’est un bon passeport. C’est quelque chose qui est ressenti de façon très positive par les Français, ça fait partie de l’imaginaire. Pour la compétition sportive, mais aussi pour ce qu’elle signifie en termes de découverte de paysages. Et le vélo va au-delà de toutes les barrières politiques. L’écolo est content, le vieux gaulliste il dit «c’est courageux les gars», il te parle d’effort, et des paysages. Il y a la question de l’amour du pays qui est liée au vélo.

Vous vouliez sonder l’humeur des Français avant le vote. Verdict? Le moral des Français est aussi bas qu’on le dit? Quel climat avez-vous ressenti?

Ce qui est sûr, c’est que les Français sont vraiment passionnés par la politique. Y a qu’à lâcher une phrase et c’est parti! L’idée que le troisième parti de France, c’est l’abstention: on a pas du tout senti ça, nous. On est tombés sur un pays très hospitalier. Bien sûr avec une crainte pour l’avenir des enfants, des petits enfants, de l’humanité… Mais un pays morose, certainement pas! Y compris pour les métallos de Florange… 

Et puis toutes les questions d’immigration, de viande halal, on était frappés de voir chez les électeurs du FN que ce n’était pas au centre de leurs préoccupations. On était dans un bar de Sangatte avec quatre pépés qui votaient tous Marine Le Pen, y en a pas un qui parlait d’immigration. En tout cas, il y a des chaînes de solidarité, c’est pas un pays qui va mal. Enfin c’est peut-être parce qu’on est de nature positive…