Steven Seagal, justicier sexagénaire

REPORTAGE A la rencontre de l'acteur sur le tournage de la série «True Justice», alors que la chaîne 13e Rue fête les 60 ans de la star avec deux journées spéciales ce lundi et mardi...

Philippe Berry

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Steven Seagal, dans la série «True Justice».
Steven Seagal, dans la série «True Justice». — SOJO PRODUCTIONS

De notre envoyé spécial à Vancouver

Steven Seagal n'a pas envie de parler de son anniversaire. «Vous avez trouvé la date où, sur Wikipédia?», s'énerve-t-il. La chaîne 13ème rue a malgré tout retenu le 10 avril pour marquer ses 60 ans et organise un marathon télévisuel pour fêter l'événement: rediffusion de la saison 1 de True Justice et d'une bio ce lundi puis de deux téléfilms, mardi soir (le programme ici).

 

 

Avec True Justice, qu'il tourne à Vancouver, Seagal veut revenir aux sources du genre policier. Comme The Wire ou NYPD Blues? «Je ne vais pas me comparer à d'autres, mais True Justice est beaucoup plus réaliste que de nombreuses séries», s'entête-il, jurant que le minimalisme old-school des intrigues est un choix créatif.

 

Dans sa loge, l'acteur s’interrompt pour grattouiller sa guitare. Il s'anime soudain, digressant sur Barack Obama. «Il flirte avec le communisme. Pour retrouver sa grandeur, l'Amérique a besoin d'un retour au capitalisme et de sécuriser ses frontières.» Chuck Norris approves this message.

 

La loi, c'est lui

 

Acteur, réalisateur, zen-master, champion d'aïkido, garde du corps, shérif-adjoint, chanteur, guitariste... Steven Seagal a plus roulé sa bosse que Bernard Lavilliers. Mais sa source d'inspiration principale pour True Justice, c'est son expérience de shérif-adjoint, en Louisiane, avec un poste d'officier de réserve qu'il occupe depuis les années 80 –des exploits immortalisés dans l'émission de télé-réalité Lawman depuis 2009.

 

«Meurtres, viols, trafic de drogue et d'êtres humains, j'ai tout vu. Parfois la réalité est même trop violente pour être montrée telle quelle à la télévision», précise-t-il. Dans Lawman, les caméras sont peut-être là, mais «ce n'est pas du cinéma», insiste Seagal. «Quand tu enfiles un gilet par-balles et que tu pars en patrouille, tu sais que c'est peut-être ton dernier jour. Début février, c'était l'enterrement d'un de mes collèges, tué alors qu'il faisait son métier.»

 

A 60 ans, l'heure de retraite a-t-elle sonné? «Dans la brigade, je peux encore battre n'importe qui en combat singulier ou au tir à la cible», assure-t-il. Pour preuve, dans un épisode de Lawman, il joue les professeurs et entraîne un autre officier. Seagal aligne sans problème trois tirs en pleine tête et en plein cœur, et parvient même à décapiter une allumette à une dizaine de mètres. «L'air était trop humide. S'il avait été plus sec, j'aurai réussi à allumer la tête», jure-t-il. «Par contre, à la course à pied, c'est une autre histoire. Bien sûr que je vieillis.»

 

Homme à tout faire

 

De ses trente ans de carrière, Steven Seagal retient un point surprenant. «La fierté est un sentiment superflu dans le bouddhisme, mais si je devais choisir, ça serait mon action pour défendre l'environnement. Je veux dire, Al Gore obtient un prix Nobel pour son documentaire, mais j'ai fait tout aussi bien il y a 15 ans», lâche-t-il sans sourciller. En cherchant dans sa filmographie, il semble que l'acteur fasse référence... à son téléfilm Menace Toxique, dans lequel il distribue des mandales pour protéger les Appalaches de déchets dangereux. Une certaine idée du militantisme.

 

Alors que le Soleil entame sa descente derrière les montagnes de Vancouver, l'équipe s'active sur le plateau pour achever le tournage d'une scène d'action. Si le réalisateur donne quelques directives, le patron, c'est Seagal. Créateur et co-scénariste de True Justice, il chorégraphie la plupart des combats. «Alors là, j'arrive par l'escalier. Toi, tu jaillis, je te prends le bras comme ça, on lutte, puis je donne un coup de pied et je t’envoie valdinguer», explique-t-il à sa pauvre victime.

 

Même au ralenti et avec quelques kilos en trop, l'acteur reste impressionnant une fois lancé. Mais sa jambe ne monte clairement plus aussi haut que dans les années 90. Pas de doute, Steven Seagal a bien 60 ans.