L'alter Mondialisme des chaînes privées de foot

©2006 20 minutes

— 

« On ne va pas rester les bras croisés et faire la gueule pendant un mois ! » Daniel Bilalian, le patron des sports de France Télévisions, pourrait pourtant faire grise mine : ses chaînes ne diffuseront aucun match de la Coupe du monde de foot, qui s'ouvre aujourd'hui. Ce privilège est réservé à TF1, M6, Eurosport et Canal+. Pour ne pas être hors-jeu, les autres antennes devront donc démontrer leur sens tactique.

Privé de ballon, le service public, magnanime, ouvrira ses portes à la compétition via les JT, « Stade 2 » ou «Tout le sport». Qui devront se contenter des 90 secondes d'images que les diffuseurs officiels doivent fournir pour chaque rencontre, au nom du « droit à l'info ». Plutôt maigre pour couvrir un événement traité partout et sous tous les angles. Histoire d'améliorer l'ordinaire, « nous rachèterons à TF1 quinze minutes d'images par semaine, pour quelques centaines de milliers d'euros », concède Daniel Bilalian. Les « sans-droits » moins fortunés ont, eux, arpenté les pelouses avant le coup d'envoi. La chaîne Paris Première a ainsi programmé sa soirée Mondial mardi dernier. « Il serait idiot de parler foot face aux matchs en direct, nous ne ferions aucune audience », résume Jacques Expert, directeur des programmes. Arte, elle, a diffusé pendant tout le mois de mai des docus décalés, comme l'Académie du foot, sur le centre de formation de Nantes, ou un portrait de Maradona. Avec succès : ce documentaire a séduit 1,5 million de téléspectateurs (6,8% de parts de marché). Et pendant la Coupe ? Une Thema sur les magouilles de la Fifa sera diffusée le 28 juin, l'un des rares jours « off » de l'épreuve. Plus délicate est la posture d'ESPN. Spécialisée dans la rediffusion de rencontres de légende, cette chaîne offre du foot tous les jours. Pour l'occasion, elle proposera des sujets liés aux grands rendez-vous. « Mercredi, nous proposons un portrait de l'attaquant ukrainien Chevtchenko à 13 h et à 17 h, détaille le directeur des programmes John Palfrey. Idéal pour encadrer le choc Espagne-Ukraine, à 15 h.» A cette heure-là, ESPN relaiera... une partie de golf.

Raphaëlle Baillot