France Télévisions, l'oeil au ras des raquettes

©2006 20 minutes

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Ils sont jeunes et beaux. Ils sentent bon la terre battue. Et sont suivis dix heures par jour par une centaine de caméras et autant de micros, planqués dans les filets ou sur la chaise d'arbitre. Pas une goutte de sueur au front de Gaël Monfils, pas un cri guerrier de Justine Henin-Hardenne n'échappe aux sept cents techniciens de France Télévisions, diffuseur officiel de Roland-Garros jusqu'à dimanche. « La télé ne peut plus rester au bord du terrain, il faut entrer au coeur du jeu, assure son directeur des sports Daniel Bilalian. C'est la loi de l'infotainment ».

Au point que les courts d'Auteuil ressemblent désormais au plateau de « Loft Story ». « Pour le foot, on a quinze caméras pour vingt-deux joueurs. Sur le Central, il y en a seize pour deux compétiteurs », compare Frédéric Godard, réalisateur en chef. Travellings, gros plans teintés d'ocre, accompagnement musical sur les ralentis : tout est bon pour casser le rythme hypnotisant des échanges à rallonge. L'année prochaine, la « Cam'cat », montée sur un rail de 250 mètres qui domine tout Roland-Garros, pourra même filmer en « trois dimensions », jubile Frédéric Godard. Son rêve : montrer les joueurs « façon Matrix », avec des ralentis pivotant à 360 degrés.

Cette débauche de moyens se répand aussi dans les vestiaires. La pluie tombe-t-elle sur le Central ? On regarde Federer pédaler sur un vélo d'appartement. Dans les coulisses des femmes, devant l'objectif, la jeune Arazane Rezaï peint ses ongles en noir, pour les assortir à sa tenue. « Soumis à ce traitement il y a vingt ans, un McEnroe aurait cassé la caméra », note le présentateur Laurent Luyat. Aujourd'hui, poussés par leurs sponsors, les joueurs se prêtent aux interviews à chaud de Nelson Monfort, dès le dernier rebond de la balle de match. Et tels des Lofteurs au confessionnal, ils rejoignent la terrasse de France Télévisions pour répondre aux SMS des téléspectateurs. « Nous visons le grand public, argumente Laurent Luyat. Les jeunes ont envie de connaître les joueurs. » Surtout s'ils sont français. Car au final, seuls les exploits des champions nationaux garantiront des audiences records.

Christel Brigaudeau