Canal+ repeint son « Bureau » au vitriol

©2006 20 minutes

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Open space, morne plaine. Un décor tout en moquette vert sapin et néons blafards. Des employés aussi mous que leurs cravates à pois. Diffusée demain à 22 h 15, la nouvelle série de Canal+, « Le bureau », est un assassinat en règle du monde de l'entreprise. « Dans la plupart des PME, les filles ne sont pas sexy, la déco est moche, et les gens s'ennuient », résument les réalisateurs Bruno et Nicolas. Le duo, auteur des « Messages à caractère informatif » dans « Nulle part ailleurs » entre 1998 et 2000, adapte « The Office », série culte britannique inventée par Ricky Gervais. Chaque épisode de 26 minutes relate le quotidien de la « Cogirep, numéro trois du papier hexagonal » et son lot de dérapages racistes autour de la photocopieuse, de blagues sexistes et de désespoir de l'employé face à son écran...

Autant de thèmes survolés de 2001 à 2003 par « Caméra café » sur M6, mais traités ici avec un réalisme cruel et un humour à froid hilarant. Beau joueur, le directeur artistique de « Caméra Café », Alain Kappauf, avoue regretter de « ne pas avoir adapté “The Office”. Notre format était réduit à sept minutes, on ne pouvait pas construire d'histoire très élaborée... » A l'inverse, tout est possible au « Bureau ». Au point que paraît crédible la réflexion d'un sous-chef frustré : « Si on me demandait d'aller poser des mines antipersonnel pour mon entreprise, je n'hésiterais pas. Question d'éthique. »

Ici, pas de caméra fixe comme dans la série créée par Solo et Le Bolloch. Mais des scènes tournées en lumière naturelle dans les locaux d'une vraie entreprise, caméra à l'épaule comme pour un documentaire. Certains acteurs sont d'anciens cadres. Et le personnage du patron – François Berléand, terrifiant d'humour lourdaud – existerait vraiment. « Nous l'avons rencontré, version féminine, lors de nos repérages dans une PME de Niort, jurent Nicolas et Bruno. Notre fiction est parfois en dessous de la réalité : l'odeur de tabac froid ne passe pas à la télé ! »

L'Occidental moyen passerait 70 % de sa vie éveillée au travail. « Et la majorité des Français aimeraient prendre leur retraite immédiatement », assure le sociologue Pierre Veltz. En regardant « Le bureau », on comprend pourquoi.

Christel Brigaudeau