Christian Gerin : «Deux heures de procès par jour»

©2006 20 minutes

— 

Interview de Christian Gerin, PDG de 17 juin Media, producteur de « Faites entrer l'accusé ».

En cette période incertaine pour les producteurs audiovisuels, vous prenez le temps de finaliser votre projet de chaîne sur la justice...

Cela ne s'improvise pas. C'est plus délicat que de monter une antenne dédiée aux dessins animés ! Je veux surtout éviter de faire une copie de la très sensationnaliste Court TV [chaîne américaine 100% consacrée à la justice]. Mais, hélas, l'avancée du projet ne dépend pas que de moi.

C'est-à-dire ?

Je voudrais retransmettre deux heures de procès par jour. Or, les caméras n'ont pas encore accès aux salles d'audience. La Chancellerie est de plus en plus favorable à leur introduction, sous certaines conditions, mais rien ne se fera avant les présidentielles.

Quelles sont ces conditions ?

Celles déjà expérimentées pendant la retransmission des auditions d'Outreau. Par exemple, imposer un décalage avec le direct pour « biper » le nom des mineurs. Toutes les parties doivent aussi pouvoir refuser la présence des caméras. Enfin, il faut sensibiliser l'ensemble des protagonistes. Pas question que de petits avocats se prennent pour des ténors du barreau sous prétexte qu'ils sont sous les projecteurs.

Vous estimez donc qu'il existe un risque de perturber la mécanique judiciaire ?

Oui, la propriété de ces images et leurs conditions de diffusion doivent suivre des règles strictes. Pour éviter qu'il y ait des enchères sur les droits d'un procès, comme il y en a pour le foot ! Pour éviter aussi de retrouver des bribes d'audiences dans les JT. Afin d'éclairer le public sur les enjeux de la justice, nos grilles comporteront des documentaires, des magazines et des talk-shows pédagogiques.

Vous produisez « Faites entrer l'accusé ». Christophe Hondelatte collaborera-t-il à votre future antenne?

Il aura des responsabilités éditoriales. Son émission est un succès. Elle a enregistré un pic à 38 % de parts de marché en avril, grâce à France 2, qui la programme judicieusement le dimanche après « FBI, portés disparus ». Le concept a bonne réputation dans les milieux policiers et judiciaires. Cela aidera pour faire accepter cette chaîne. Mais en attendant la fusion de CanalSat et TPS, tout projet sur le câble et le satellite est suspendu.

Recueilli par Alice Coffin