Clearstream, trop floue pour les télés du monde

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Dominique de Villepin n'a rien cédé mardi dans l'épreuve de force qui l'oppose aux manifestants anti-CPE, excluant une nouvelle fois de retirer ce texte alors que la polémique enfle autour du syndicaliste grièvement blessé, samedi, lors de heurts avec la police.
Dominique de Villepin n'a rien cédé mardi dans l'épreuve de force qui l'oppose aux manifestants anti-CPE, excluant une nouvelle fois de retirer ce texte alors que la polémique enfle autour du syndicaliste grièvement blessé, samedi, lors de heurts avec la police. — Christophe Ena AFP

Clearstream, une affaire franco-française ? Si la presse écrite internationale s'est essayée à plusieurs articles explicatifs, les télés étrangères rechignent à traiter un sujet qui ne passionne guère au-delà de l'Hexagone. « Nous n'y avons consacré que deux reportages. Pour les Français, il est déjà difficile de comprendre qui a fait quoi, imaginez pour les Allemands », sourit Alexander von Sobeck, chef du bureau parisien de la chaîne publique ZDF. L'aspect nébuleux du dossier, unique raison de ce presque silence ? « Pas seulement, répond Juliet Bremmer, spécialiste de l'Europe pour l'anglaise Channel One. Nous attendons que ce dossier ait des répercussions politiques pour en parler. » En clair, les caméras étrangères restent en veille en attendant des retombées concrètes... et des images chocs. « Je n'ai pas vu la moindre brève sur les chaînes américaines, alors que le CPE ou les émeutes de novembre faisaient l'ouverture des JT de CNN et de Fox News. La différence ? Clearstream est difficilement illustrable », analyse Gilles Bouleau au bureau de TF1 à Washington.

Une disette visuelle contournée par les télés françaises, naturellement emportées par le pataquès Clearstream. Affaire d'Etat ou non, « filmer le perron de l'Elysée ou les ministres au téléphone est une spécialité française », raille Matthias Beermann, présentateur du « Forum des Européens » sur Arte. Cette crise est une énième occasion de critiquer le journalisme gaulois. Les Français n'exposeraient pas assez les faits et verseraient très vite dans l'analyse. Elaine Cobbe, correspondante de la chaîne américaine CBS, le déplore : « Votre télé évoque Clearstream comme si chacun savait de quoi il retourne ! »

Autre blâme adressé aux médias français, leur déférence envers le pouvoir. La semaine dernière, Dominique de Villepin a invité les journalistes à consulter leur « code de déontologie » Lequel n'existe pas ! Mais pour Alexander von Sobeck, « les chaînes françaises n'ont pas assez enquêté ». En cause selon lui, la proximité entre « France Télévisions et l'Elysée et entre TF1 et Nicolas Sarkozy ». Et de reconnaître le « job très professionnel » accompli par la presse écrite.

Raphaëlle Baillot