La Barbe au «Petit Journal»: «Nous ne sommes pas des amuseuses, on a un message à faire passer»

INTERVIEW Aby, membre du collectif féministe, répond pour «20 Minutes» aux critiques ayant entouré le passage de deux de ses consoeurs sur le plateau de l'émission de Canal +...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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J.MARS/JDD/SIPA

La prestation de Céline et Amélie, deux militantes du collectif féministe La Barbe, vendredi soir au Petit Journal de Canal + a provoqué de nombreuses réactions, souvent acerbes, sur la presse en ligne, les blogs et les réseaux sociaux tout au long du week-end. Aby, également membre du groupe d’action, réagit pour 20 Minutes à ce «déferlement» quelque peu inhabituel.

Dans quelles conditions s’est déroulé ce passage au Petit Journal?
On a été invitées à la suite de la réactions «musclée» qu'a suscité notre intervention à la dernière convention UMP, où l’on n’a pas eu le droit à la parole. Canal + nous a contacté le jeudi pour un enregistrement le jour-même, ils voulaient expressément que ce soient Céline et Amélie qui viennent sur le plateau, parce que Céline était montée sur scène et Amélie avait été violemment arrachée de la scène. 

Quel message souhaitiez-vous faire passer?
Nous, on suit notre ligne, on se renseigne sur l’endroit où l’on va. Là, c’était Canal +, une chaîne qui est dirigée exclusivement par des hommes depuis 25 ans. Donc notre première intention était de féliciter Canal + pour cela. Je crois que ça a été mal perçu, parce que les invités jouent le jeu avec Yann Barthès en général.

Comment avez-vous trouvé la prestation de Céline et Amélie?
Elles ont le mérite d’y être allé. D’habitude, nous passons sur des médias d’informations, c’était une première pour une émission de divertissement et je n’ai pas l’impression que cela s’est mal passé. Céline et Amélie sont restées proches de la ligne de La Barbe. Nous ne sommes pas des amuseuses, on a un message à faire passer. Dans notre groupe d’action, il y a des membres qui n’auraient jamais osé prendre la parole en public avant, cela ne doit pas être réservé aux professionnelles, on n’est pas des communicantes et j’espère qu’on ne le sera jamais. C’est clair que ce n’est pas habituel quand on va sur un plateau télé, mais dans le cadre où Céline et Amélie étaient, il y avait peu de marges de manoeuvre.

Comment avez-vous pris les réactions pas toujours tendres après cette prestation?
C’est une réaction à laquelle on a l’habitude, même si on n’est pas habituées pour autant à une telle visibilité et un tel déferlement derrière. Beaucoup de gens ont réagi, pas toujours favorablement, mais pour moi, c’est toujours la même réaction quand des personnes considérées comme «minorisées»  prennent la parole et sortent de la place qui leur est assignée. On approuve notre parole, mais pas notre action, genre on a été insolentes. On nous fait l’aumône d’un passage télé et nous, on ne s’est pas bien tenues. C’est toute la question de la place à laquelle on est et celle à laquelle on nous attend. Céline et Amélie auraient pu être dans la séduction, suivre la ligne éditoriale de l’émission, mais si notre message est ironique, il est aussi sérieux. Yann Barthès ne s’y attendait pas et ne voulait pas l’entendre.

Ces réactions vont ont tout de même touchées ou vous en faites abstraction?
Oui, elles nous questionnent, on ne s’attendait pas à un tel retentissement médiatique. Mais notre action se joue sur le long terme et cette longue durée, ce n’est pas le temps des médias, ni celui de la politique. On ne peut pas préjuger de notre action sur une seule performance, on verra sur le long terme. Cela participe à notre réflexion, comment faire pour rester nous-mêmes alors que le cadre qu’on nous propose n’est pas celui qu’on veut et que l’on ne passe pas forcément bien à l’écran. C’est moins visuel que quand on est en action.

Cette prestation aura-t-elle des conséquences sur la suite de votre mouvement?
Il n’y a pas eu une action depuis le début qui n’ait pas eu de conséquences ensuite. Comme après chaque action, on a débriefé, et on va continuer à évoluer, à nous autonomiser. Ces réactions appartiennent à ceux qui réagissent, pas à La Barbe. On les prend en compte, mais on ne va pas devenir des féministes «light» pour autant. Il y a eu de l’émotion, ça fait partie de la vie, mais ça ne va pas changer celle de La Barbe. Certains ont parlé d’un malaise, disant qu’on a été mauvaises, qu’on a desservi la cause du féminisme, mais qui est-ce qui donne les critères d’appréciation? Et eux, ils font quoi pour le féminisme? Pour nous l’important, c’est que tout le monde puisse s’exprimer. Qu’on s’améliore, d’accord, mais pas question qu’on devienne des communicantes.