Endemol, « un Etat dans l'Etat audiovisuel »

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Interview de Benoît Delmas, Coauteur avec Véronique Richebois d'Histoire secrète d'Endemol (Flamarion)

Votre livre révèle-t-il la face cachée d'Endemol ?

En 2001, « Le loft » a consacré la filiale française de ce géant de la production. Créé en 1994 par les Néerlandais John de Mol et Joop Van den Ende, Endemol est devenu le leader mondial du divertissement. En France comme ailleurs, il a fait main basse sur les grilles. « Star Ac' », « La ferme » mais aussi, et c'est moins connu, « Le vrai journal » ou « On ne pas plaire à tout le monde ». C'est précisément sur la puissance occulte de cet empire dirigé par Stéphane Courbit et Arthur que nous avons travaillé.

Comment avez-vous enquêté ?

Difficilement. Endemol exhibe l'intimité des autres, mais cultive le secret. Par la voix d'Alexia Laroche-Joubert, leur commentaire a été : « Rien à foutre de ce livre. » Une cinquantaine de proches du dossier ont quand même fini par nous parler. Mais la peur prévaut : c'est un Etat dans l'Etat audiovisuel. Nicolas de Tavernost et Patrick Le Lay, les patrons de M6 et TF1, se sont, eux, exprimés pour régler leurs comptes avec Courbit. Le Lay en a marre d'entendre que c'est lui le directeur des programmes de la Une !

Est-ce exact ?

Non, car les diffuseurs reprennent la main sur les producteurs. Cette semaine, Endemol et TF1 vont annoncer les bases de leur nouveau contrat. Financièrement, il sera révisé à la baisse de 30 %, et n'inclura plus que 20 « primes » par an au lieu de 35.

Comment le PAF réagit-il à votre ouvrage ?

Seules les chaînes du câble nous sollicitent. Jean-Marc Morandini nous convie bientôt sur Europe 1... mais pas sur son plateau de Direct 8. Normal, c'est une production Endemol.

Quel est l'avenir du groupe ?

Incertain. Ils n'ont pas investi dans la fiction. Grosse erreur. Car c'est la valeur forte du moment. De plus, Arthur et Courbit s'éloignent de la télé. L'un, désormais sur les planches, veut devenir le nouveau Woody Allen. L'autre lorgne sur Le Monde. Imaginez la réaction de la rédaction si Courbit, ami d'Alain Minc qui dirige le conseil de surveillance, devenait actionnaire ! Il est aussi proche de Nicolas Sarkozy. En 2005, il est même monté sur l'estrade d'un meeting à ses côtés. Pour quelqu'un qui ne se montre jamais, c'est quelque chose !

Propos recueillis par Alice Coffin