La radio toujours plus fan des stars cathodiques

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« Je ne vais pas changer ma façon de mener une interview parce que je passe à la télé. » Marque de fabrique de Rebecca Manzoni, cette liberté de ton a séduit France 5. L'animatrice d'« Eclectik », la quotidienne culturelle de France Inter, sera dès ce soir (à 23 h) aux manettes de « Ça va pas durer ». Intention de ce mag hebdomadaire ? « Révéler la personnalité d'un artiste via le regard de cinq de ses pairs. » Cette incursion cathodique n'empêchera pas l'animatrice de poursuivre ses tribulations radiophoniques.

Reste que ce transfert des ondes vers le tube est assez rare pour être signalé. Et pour cause, ces temps-ci, ce sont plutôt les grands noms du petit écran qui squattent la bande FM. Dans les stations privées en perte d'audience, le phénomène a pris de l'ampleur cette saison. Ainsi, chaque matin sur RTL, les voix de Fogiel, Nagui, Courbet et Foucault se succèdent. Sur Europe 1, outre les recrues de longue date, telles Jacques Pradel et Denis Brogniart, l'année a commencé avec l'arrivée de Nicolas Canteloup, l'imitateur des « Guignols » et de « Vivement dimanche prochain ». Dans son sillage, Frédéric Taddeï, de Paris Première, débarquait sur Europe 1. « La radio est un média à part entière, et non l'usine de recyclage de la télé, plaide Jean-Pierre Elkabbach, patron de la station. Tous nos animateurs sont là parce qu'ils ont du talent. On ne va pas les punir ou les maudire parce qu'ils sont connus. »

Cette déferlante de « télé-stars » ne fait-elle pas des programmes radio des clones des grilles télé ? La preuve par « Ça peut vous arriver » : présenté par Julien Courbet sur RTL, ce rendez-vous est la copie conforme ou presque du « Sans aucun doute » de TF1. Patron de France Bleu, Michel Meyer craint que la radio ne perde son identité : « Les stations commerciales encourent le risque de faire des formats de foire du Trône dans un mélange des genres indigeste. » Mais même France Bleu n'est pas à l'abri de l'épidémie. Si Michel Meyer affirme avoir vu en lui « un pro, et pas une ancienne gloire de la télé », il a tout de même engagé Patrick Sabatier pour muscler un 12-14 en perte de vitesse.

Raphaëlle Baillot