« Les jeunes filles ne réalisent pas l'importance de ce combat »

©2006 20 minutes

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Gisèle Halimi, avocate

En 1972, trois ans avant la légalisation de l'IVG, vous plaidiez à Bobigny pour le droit des femmes à avorter. Est-ce une satisfaction de voir ce procès porté à l'écran ?

Bien sûr. Même si je n'ai pas attendu cette diffusion pour être fière de cette bataille et de ma cliente, Michèle Chevalier [incarnée par Sandrine Bonnaire]. Elle risquait la prison pour avoir aidé sa fille, violée, à avorter. Grâce à son engagement, j'ai pu faire de ce procès celui d'une loi injuste, répressive, et plaider pour toutes les femmes. C'est bien que la télévision souligne la dimension historique de ce moment.

Comment avez-vous participé à ce téléfilm ?

Je ne suis pas intervenue sur le fond. Les scénaristes ont exploité les comptes rendus des audiences. Je me méfie des fictions historiques, mais je trouve celle-ci authentique. En tant qu'avocate-conseil, j'ai juste apporté des précisions juridiques. Par exemple, je ne pouvais pas avoir prononcé les mots « objection votre honneur » : ils ne sont pas employés dans les tribunaux français.

Vous reconnaissez-vous sous les traits d'Anouk Grinberg ?

Comme Sandrine Bonnaire, dans un autre registre, elle est extraordinaire. Elle a très bien rendu la force qui m'animait alors. Jusqu'à me montrer sous un jour un peu dur. Du coup, j'ai une petite réserve : les rapports fusionnels et tendres que j'avais avec les Chevalier sont gommés.

Pour éviter de tomber dans le mélo ?

C'est vrai. Ce film évite la romance et restitue le contexte passionnel de l'époque. Nous étions sans cesse sollicitées par les médias pour participer à des débats d'une violence inouïe. On perçoit à l'écran à quel point cette exposition a été difficile pour Michèle Chevalier. Mais c'était nécessaire. Car au-delà d'un juge, c'est tout le pays qu'il fallait convaincre du bien-fondé de notre lutte.

L'opinion publique est-elle encore sensible à ce combat ?

Hélas, les jeunes filles ne réalisent pas son importance. Et pourtant, ce téléfilm est très actuel. Car si l'avortement est un droit, les moyens de l'appliquer sont menacés. J'aimerais que cette oeuvre soit largement diffusée. Le Portugal, où la législation sur l'IVG reste restrictive, a déjà acheté les droits.

Propos recueillis par Alice Coffin