Les libraires, nouvelles stars des plateaux

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« Le bateau livre » change de cap.

Après dix ans de navigation en eaux élitistes, le magazine littéraire dominical de France 5 se veut plus populaire.

A la faveur de sa nouvelle formule, le 5 mars, il embarquera à son bord les nouveaux « plus produits » des émissions culturelles, autrement dit, des libraires.

A charge pour eux de dynamiser une audience en berne, puisque le rendez-vous de Frédéric Ferney draine à peine 300 000 téléspectateurs, soit 4,3 % de parts de marché.

« Les libraires ont une approche émotionnelle de la littérature.

Ils ne sont pas prisonniers d'un cercle qui les isole de l'opinion », estime Frédéric Ferney.

En clair, les libraires ne sont pas des critiques, dont la propension à décréter le « bon » et le « mauvais » goût a fini par agacer.

« Leur crédibilité est écornée », reconnaît l'animateur-écrivain.

Présentatrice des « Coups de coeur des libraires », depuis quatre ans sur LCI, Valérie Expert est plus explicite.

« J'ai initié ce concept parce que j'en avais marre d'entendre éternellement parler des mêmes bouquins à la télé, assène-t-elle.

Les pros de la critique passent leur vie à côtoyer auteurs et éditeurs.

Cette proximité altère leur jugement et les conduit à pratiquer le renvoi d'ascenseur.

» Comme si à trop frayer dans les cercles d'initiés, ils avaient perdu de vue l'essentiel, à savoir le lecteur.

Et avec lui, le téléspectateur.

Lequel est d'ailleurs plus réceptif aux prescriptions d'Ardisson qu'à celles de Guillaume Durand.

« Nous parlons avec notre coeur.

Et quand nous défendons un auteur, ça sonne juste », souligne Laurent Bonelli, en charge des livres chez Virgin et chroniqueur sur Pink TV.

« Nous sommes des passeurs.

Ce qui nous anime, c'est de transmettre l'amour des livres », ajoute Jean-Marie Ozanne, patron des Folies d'Encre et nouvelle recrue du « Bateau livre ».

Un enthousiasme pondéré par Raphaël Sorin, directeur de collection chez Fayard : « Attention au mélange des genres.

Leur métier consiste à vendre des ouvrages, pas à les encenser ni à les dézinguer.

» Un grief récusé par Jean-Marie Ozanne : « Nous conseillons des lecteurs à longueur de journée.

La télé est un prolongement de ce travail.»

David Medioni