Sciences-Po, le sujet bien réel d’une fiction

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Tahira est une brillante élève de terminale, issue d’une modeste famille pakistanaise de Seine-Saint-Denis. Dans Par la grande porte, téléfilm diffusé demain sur France 2, elle accède après le bac au prestigieux « Institut des hautes études politiques ». Et inaugure ainsi une voie d’entrée parallèle réservée aux jeunes des milieux défavorisés. L’allusion à Sciences-Po et à ses « Conventions d’éducation prioritaire », créées en 2001 pour les bacheliers de ZEP, est transparente. « Les dispositifs visant à démocratiser l’accès à notre école concernent 189 étudiants, confirme Cyril Delhay, responsable de ces conventions. Mais le téléfilm de France 2 reste une fiction, nous ne nous y associons en aucun cas ! » Et pour cause. Par la grande porte souligne les cahots de la première « promo ZEP » : mépris teinté de racisme de certains profs et élèves d’un côté, incompréhension des proches de Tahira de l’autre... « Nous voulions tourner dans les locaux de Sciences-Po, explique Laurent Jaoui, le réalisateur. Nous avons donc envoyé le scénario à la direction. Très soucieuse de son image, elle nous a interdit d’utiliser le nom de l’école. Finalement, ça nous a donné une plus grande liberté de narration. » Le scénario, basé sur « six mois de recherche et d’ entretiens avec six jeunes en cours de cursus », insiste sur les embûches. Parti pris créatif. « Pour des raisons de fluidité, nous avons rassemblé sur une étudiante imaginaire les anecdotes rapportées par plusieurs personnes, reconnaît Laurent Jaoui. Mais aucun de nos interlocuteurs étudiants ne nous a accusés de caricature. » Confirmation d’un étudiant concerné : « Le débat n’est plus aussi violent qu’en 2001-2002, mais notre légitimité est encore discutée. » Lancé il y a deux ans, le téléfilm a été rattrapé par l’actualité. Dans la foulée des émeutes en banlieue, le Premier ministre a décrété 2006 « année de l’égalité des chances ». « Cela prouve notre ancrage dans le monde d’aujourd’hui, jubile Perrine Fontaine, directrice de la fiction de France 2. Du coup, nous avons avancé la diffusion de quelques mois. » Histoire de ne pas rater le train du réel. Dan Israel