Science et religion, un duel toujours d’actualité

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« L’interprétation de la réalité physique revient à l’Eglise, et à elle seule. » « Certains pensent que la Bible n’est pas un livre scientifique, alors qu’il y a beaucoup de bonne science dans ses paroles. » Troublante analogie entre les propos adressés en 1633 par le grand Inquisiteur à Galilée, et ceux de Bob, prof de biologie américain, vantant en 2005 le créationnisme. Les premiers émaillent Galilée ou l’Amour de Dieu, fiction (sur un scénario de Claude Allègre) diffusée demain sur France 3 (20 h 55), les seconds sont issus de « Dieu contre Darwin », récente enquête de Canal+. Rien de nouveau sous le soleil donc. A l’époque l’Eglise martelait que celui-ci tournait autour de la Terre. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, les intégristes chrétiens plaident pour l’insertion des théories créationnistes à l’école. De quoi donner au film de France 3 « une forte résonance contemporaine », note Patrick Péchoux, directeur des programmes. « Depuis six mois, l’offensive créationniste bat son plein aux USA », poursuit Luc Hermann, auteur du reportage de Canal+. Time Magazine et Newsweek en ont fait leur une cet été. « Le duel entre religion et science est complètement d’actualité », confirme Pierre-Henri Gouyon. Ce spécialiste de l’évolution a, fin octobre, été convoqué en urgence par Arte pour décrypter le douteux documentaire Homo sapiens, une nouvelle histoire de l’homme : « Il relayait des théories fumeuses selon lesquelles une force mystérieuse aurait présidé à l’évolution, estime-t-il. Arte s’est fait avoir. » Jean Rozat, le directeur général de la chaîne, ne le pense pas : « Cette polémique prouve qu’on est revenu à un climat très dur : dès qu’on parle science, certaines théories sont récusées d’emblée. A fortiori si elles sont d’ordre métaphysique. » Aux Etats-Unis, la chaîne PBS s’est aussi fait piéger en diffusant un film du Discovery Institute, leader de la croisade anti-Darwin. « Ils ont une communication très au point, analyse Luc Hermann, même si jusqu’ici les télés américaines sont critiques à leur égard. » Précautions qui « ne suffiront pas à enrayer le retour de l’obscurantisme, craint Jean-Daniel Verhaege, le réalisateur de Galilée... Les grands combats sont hélas éternels. » Alice Coffin