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La brique c’est chicLe retour de « Lego Master » prouve que la brique est artistique

« Lego Masters » : De jouet à matériau, les briques séduisent aussi les artistes

La brique c’est chicLe Lego, combinaison parfaite entre objets colorés, complexité d’assemblage et machine à souvenirs, a acquis ces dernières décennies ses lettres de noblesse artistiques
La nouvelle saison de Lego Master mettra en scène huit binômes de candidats venus de tous horizons.
La nouvelle saison de Lego Master mettra en scène huit binômes de candidats venus de tous horizons. - Cécile Rogue / M6 / M6
Maxime Fettweis

Maxime Fettweis

L'essentiel

  • Lego Masters revient ce jeudi 27 octobre à 21h10 sur M6 pour une troisième saison animée par Éric Antoine.
  • L’émission met en scène huit duos de candidats de tous horizons, bien loin de l’image enfantine ou même geek de ces briques colorées, adorées des enfants, mais désormais aussi des adultes.
  • Au fil des ans, les Lego n’ont plus quitté les doigts des amateurs, même passés la vingtaine, et jusqu’à conquérir les rues, les galeries d’art ou les musées. Entre le geek et l’artiste, n’y aurait-il donc qu’un pas ?

S’offrir un tableau en Lego pour décorer son salon ? C’est possible et ce serait même tendance. Parler de Lego, c’est d’abord renvoyer en enfance une grande partie des adultes ayant imbriqué ces rectangles colorés pour confectionner - avec plus ou moins de talent - vaisseaux spatiaux ou châteaux forts. Mais désormais c’est aussi faire référence à un matériau d’art comme un autre, qui sera pour la troisième fois la star de l’émission Lego Masters, diffusée sur M6 ce jeudi à 21h10.

En quelques décennies, les petites briques sont passées des chambres d’enfants et de quelques geeks boutonneux aux plus grandes galeries d’art. Car, depuis toujours, la culture populaire s’immisce dans l’art, d’abord avec ses gros sabots avant d’y être invitée.



Un coup de projecteur nouveau sur les Lego, participant à la fois à sortir les adultes qui les imbriquent du cliché du nerd et à diversifier le public cible de la marque danoise. 20 Minutes revient, avec une spécialiste de l’art et des « brick artists », sur l’évolution de l’image de la brique.

« Je n’étais pas fort en peinture ni en art »

Avec Lego Masters, c’est aussi le retour des deux « brick masters », présent depuis la première saison du programme présenté par Éric Antoine. Dans ce rôle, Georg Schmitt, l’un des 14 entrepreneurs et constructeurs certifié par la marque, fait équipe avec Paulina Aubey, une artiste plasticienne orléanaise qui a troqué il y a sept ans ses pastels pour les briques. « J’ai commencé à travailler avec des briques un peu dans mon coin, j’essayais de transcrire ma pratique du dessin pastel avec ces petits carrés de couleur que j’utilise comme des pixels pour réaliser des portraits. »


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Les artistes de la brique, en se saisissant des Lego, comprennent aussi rapidement la puissance de ce matériau. Objet occupant une place de choix à la fois dans la culture populaire et l’âme d’enfant des adultes, leur utilisation est généralement source d’enthousiasme et de curiosité. « Les Lego, c’est hyperpuissant, on peut en faire ce qu’on veut mais ça reste des Lego, s’enthousiasme M’brick. Les tableaux que je réalise ont toujours beaucoup d’impact parce que je mobilise des centaines de pièces. Les gens reconnaissent les éléments qu’ils ont tenus dans les mains lorsqu’ils étaient plus petits, ça a une vraie force d’attraction. » Car recréer des portraits ou des tableaux en briques n’est pas courant et peut aider à rendre l’art plus accessible. Le matériau utilisé permet donc une lecture supplémentaire et renvoie à des souvenirs personnels puisque le Lego ravive l’enfant qu’il y a en nous.

« Quand j’étais gamin, j’avais des boîtes de Lego, je faisais des constructions comme beaucoup d’enfants, mais j’étais passé à autre chose en grandissant », raconte de son côté Aymeric Gillet, dit M’brick. Après une carrière de hockeyeur professionnel, il réalise désormais d’impressionnantes représentations en 3D réalisées uniquement en briques. « Je n’étais pas fort en peinture ni en art », se souvient le quarantenaire, basé à Dijon. « Un jour j’ai vu une image pixélisée et ça m’a tout de suite fait penser aux Lego. J’ai testé en reproduisant un tableau d’Andy Warhol pour ma compagne et je n’ai plus lâché mes briques. » M’brick est désormais artiste à temps plein. Il confectionne des œuvres de street art exposées dans les rues de la capitale bourguignonne mais aussi de véritables tableaux qu’on lui commande ou pour des expositions.


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Quand le jeu rencontre l’art

L’incursion d’objets du quotidien dans l’art est un phénomène assez ancien. Le dadaïsme émergeant après la Première Guerre mondiale mettra en scène des journaux comme œuvre d’art mais c’est surtout le pop art, dans les années 1960, qui consacrera cette pratique. « Pour l’arrivée de jeux ou de jouets dans l’art, il y a le mouvement fluxus qui arrive en même temps que le pop art », rembobine Clémence de Montgolfier, chercheuse en histoire de l’art et spécialiste de l’art contemporain. « L’artiste Robert Filliou va par exemple réaliser des œuvres avec des dés, des roues, des jouets qu’on peut faire tourner… »

Dès les années 1980, la France sera aussi traversée par la politique du ministre de la culture d’alors, Jack Lang, en faveur d’une plus grande démocratie culturelle. « Les différents arts vont alors se décloisonner et on va placer sur un pied d’égalité l’art déco et les beaux-arts, qui étaient jusque-là plus élitistes. Dans la musique aussi cela va permettre au rock’n’roll d’être enfin reconnu comme une pratique culturelle et artistique à part entière », explique la spécialiste.

Pas étonnant donc que les artistes soient désormais tentés de détourner l’usage traditionnel du Lego pour réaliser leurs œuvres. « Ils sont un moyen de récréation mais aussi de recréation », se réjouit Paulina Aubey. Elle précise que Lego Masters joue clairement dans ce jeu-là. « On essaye de montrer des constructeurs qui ont leur patte, leur style, leur univers, comme des artistes au final. »

La puissance de la brique

Les artistes de la brique, en se saisissant des Lego, comprennent aussi rapidement la puissance de ce matériau. Objet occupant une place de choix à la fois dans la culture populaire et l’âme d’enfant des adultes, leur utilisation est généralement source d’enthousiasme et de curiosité. « Les Lego, c’est hyperpuissant, on peut en faire ce qu’on veut mais ça reste des Lego, s’enthousiasme M’brick. Les tableaux que je réalise ont toujours beaucoup d’impact parce que je mobilise des centaines de pièces. Les gens reconnaissent les éléments qu’ils ont tenus dans les mains lorsqu’ils étaient plus petits, ça a une vraie force d’attraction. » Car recréer des portraits ou des tableaux en briques n’est pas courant et peut aider à rendre l’art plus accessible. Le matériau utilisé permet donc une lecture supplémentaire et renvoie à des souvenirs personnels puisque le Lego ravive l’enfant qu’il y a en nous.

« Nous sommes dans une époque où on valorise beaucoup les pratiques old-school », analyse Clémence de Montgolfier en faisant la comparaison entre le retour des Lego avec celui de la broderie, du tricot ou encore du coloriage pour adulte. « Toutes ces pratiques de "do-it-yourself" sont remises au goût du jour et se défont des clichés qui les entourent. Ça s’inscrit dans un mouvement de l’histoire de l’art, mais aussi de l’histoire culturelle. » C’est pour cette raison que jouer au Lego, même adulte, ne renvoie plus forcément à l’image d’un nerd terré dans sa chambre entre les mangas et les figurines Pokémon.

Paulina Aubey est d’ailleurs l’antithèse de ce cliché très réducteur, bien que fan de The Big Bang Theory. Dès ses premiers tableaux en briques et en 2D, elle a rapidement été invitée à des conventions organisées par la marque danoise. Elle est repérée après un rassemblement d’artistes de la brique à Bristol, en Angleterre, et intègre un collectif d’art contemporain à Chicago. Elle raconte avoir réalisé un « fantasme » qu’elle pensait irréalisable en exposant ses créations durant l’été 2022 au Musée Charles Péguy d’Orléans. « J’avais fait ce rêve fou à mes débuts d’artiste, où je me votais dans un musée super sérieux. C’est quelque chose que je me voyais faire avec mes pastels et finalement j’y suis parvenue avec mes briques… C’est un drôle de clin d’œil qui prouve qu’il faut toujours y croire. »

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