Les téléfilms de Noël arrivent dès l’automne, et leur nouveau printemps n’est pas pour demain

Y a plus de saisons TF1 propose depuis ce lundi 24 octobre de nouveaux téléfilms exclusifs dont certains ont un scénario plus inclusif, sans pour autant renouveler le genre

Maxime Fettweis
Cette année, TF1 amorce la saison des téléfilms de Noël ce 24 octobre.
Cette année, TF1 amorce la saison des téléfilms de Noël ce 24 octobre. — Albert Camicioli
  • TF1 inaugure la saison des téléfilms de Noël ce 24 octobre 2022 avec une programmation quotidienne inédite du lundi au vendredi dès 13h55. La chaîne du groupe Bouygues devance largement M6 qui prévoit une programmation quotidienne de films de Noël tous les après-midi à partir du mois de décembre.
  • Désormais incontournables, ces productions américaines se sont fait une place de choix dans le catalogue des rituels de Noël. C’est pourquoi la Une confie travailler à la programmation de ces téléfilms « presque un an à l’avance » et a avancé d’une semaine ses premières diffusions.
  • Si les scénarios s’enrichissent d’année en année de nouveaux personnages, en phase avec la société, nous sommes encore bien loin d’un renouveau du genre. La chercheuse Maureen Lepers évoque une « diversité de vitrine », qui ne change pas la structure des récits qui continuent « de véhiculer des valeurs ultraconservatrices », qui correspond aux attentes du public.

Ils sont de retour. Désormais incontournable de la saison automnale, TF1 diffuse depuis ce lundi 24 octobre un téléfilm de Noël inédit chaque jour à 13h55 jusqu’au 25 décembre. Du côté de M6, la grille n’inclura ces films qu’à partir de décembre. Mais depuis des décennies, ce genre cinématographique fait les beaux jours des chaînes de télévision alors que les familles emballent les paquets. Avec des scénarios très codifiés, ils sont le refuge de nombreux Français et Françaises et évoluent avec leur époque.

Après un film mettant en scène un couple gay dans la cuvée de Noël 2021, les téléspectateurs et téléspectatrices découvriront cette année un téléfilm de Noël dont l’héroïne est en fauteuil roulant dans Noël avec le prince de mes rêves ou encore une histoire centrée sur un couple lesbien dans Noël toi et moi.

À la télévision comme sur les plateformes de streaming, le genre évolue et se veut porteur de représentations à l’image des évolutions récentes de la société. Ces nouvelles représentations n’amorcent pas pour autant une révolution du genre. 20 Minutes vous explique pourquoi.

« Ancrer ces films dans la société d’aujourd’hui »

Ils sont un refuge de la télévision depuis plusieurs décennies. Alors que le froid s’installe petit à petit, les téléfilms de Noël apparaissent à leur tour sur le petit écran. Conscientes de ce succès, les plateformes de streaming proposent désormais aussi leurs déclinaisons de ce genre cinématographique au scénario réconfortant et assez attendu. « Nous trouvons intéressant de constater que des plateformes comme Netflix nous suivent et puisent dans la richesse qu’offrent les téléfilms de Noël », se réjouit Sophie Leveaux, directrice artistique des acquisitions de TF1. Chaque année, « ces films structurent les audiences de l’après-midi jusqu’à l’access » sur la chaîne du groupe Bouygues qui « tient beaucoup à ce rendez-vous ».



Alors chaque année, les équipes de la Une travaillent dès la fin du Noël précédent pour sélectionner les films qui constitueront la grille de la période des fêtes de l’année prochaine. « Nous travaillons avec la chaîne de télévision américaine Hallmark, nous sélectionnons dans son catalogue les films les plus originaux, les mieux produits et ceux qui sont le plus en adéquation avec la ligne de TF1 », assure Agathe Guillemet, responsable des films et téléfilms de Noël pour la chaîne. Cette année, elle a accordé une attention particulière à sélectionner des productions intégrant, outre Noël, « d’autres thématiques comme la diversité ou le handicap » pour offrir 35 téléfilms inédits et « ancrés dans la société d’aujourd’hui ».

Vous pouvez donc déjà compter sur TF1 pour vous plonger dans l’ambiance des fêtes, alors que les enfants ne sont même pas encore venus frapper à votre porte, vous imposant l’éternel dilemme d’Halloween : « Des bonbons ou un sort ? ». « Nous avons juste avancé les premières diffusions de téléfilms de Noëls d’une semaine par rapport à d’habitude, justifie Sophie Leveaux. Et le fait de démarrer cette programmation fin octobre n’a jamais perturbé les Américains. Par exemple, Hallmark lance ses films de Noël dès le 21 octobre. »

« Un genre qui ronronne »

Au cinéma, ils sont arrivés quelques années après les premières projections en salles obscures en 1898 avant d’être importés en France en 1900. Dès ses premiers balbutiements, le genre impose directement son décor, ambiance rouge et verte, flocons de neige à travers les fenêtres et feu de bois dans la cheminée.

Mais au-delà de ses apparats esthétiques, les téléfilms de Noël s’est aujourd’hui aussi codifié dans son scénario. « C’est un genre qui ronronne à la fois dans la formule et dans la structure », confirme Maureen Lepers, chercheuse qui travaille sur les enjeux politiques et socioculturels des représentations médiatiques. « Quelqu’un qui regarde beaucoup ces films peut prévoir la fin au bout de 10 minutes car ils sont faits de conventions génériques qui font qu’on n’est jamais surpris. »

L’intrigue se situe généralement dans la campagne américaine, où un personnage, souvent féminin et issu d’une grande ville est en quête de quelque chose. Il va alors découvrir les valeurs de partage grâce à cet éloignement de son travail et de la société capitaliste et finira par trouver l’amour, qui se concrétise souvent le soir de Noël. « C’est une ode à l’Amérique rêvée », complète Julie Escurignan, enseignante-chercheuse en industrie créative et culturelle à l’EMLV.

Réconfort, second degré et tradition

Mais pourquoi, alors que leurs scénarios sont rarement surprenants, nous continuons à les visionner, bien au chaud sur un plaid ? « Le téléfilm de Noël, c’est vraiment le plaisir coupable, le truc un peu nostalgique. On peut les comparer au chocolat du samedi soir, on sait qu’on ne devrait pas en manger mais on en mange quand même parce que c’est réconfortant », ajoute Julie Escurignan.

De son côté, Maureen Lepers estime qu’il existe deux façons de regarder et d’apprécier les téléfilms de Noël. « Il y a d’abord ceux qui se complaisent dans ce genre très attendu et qui les regardent de manière surplombante, pour s’en moquer, détaille-t-elle. Et puis il y a le public ciblé historiquement par ces films, des femmes au foyer d’environ 50 ans, qui voient ces films comme une forme d’échappatoire car ils présentent des personnages féminins qui résistent à l’adversité. »

Elle estime encore que la simplicité des scénarios permet au téléspectateur ou à la téléspectatrice une déconnexion garantie avec son quotidien. « C’est le temps qu’on prend vraiment pour soi, où on n’a plus besoin de réfléchir et on se coupe de tout le reste dans une ambiance chaleureuse puisque c’est tout ce qu’invoque la période de Noël. »

Pas vocation à changer le monde

Mais ces dernières années de nouveaux éléments sont venus s’ajouter à l’arsenal traditionnel de ce type de productions en même temps que les plateformes de streaming se sont saisies du genre : une volonté d’inclusivité. « C’est une volonté assez généraliste qui traverse tous les domaines de l’audiovisuel », constate Maureen Lepers.

La chercheuse estime toutefois que mettre à l’écran des personnages issus de la diversité raciale, dans leur orientation ou encore porteuse de handicap est un travail « sur la face visible de l’iceberg ». « On travaille assez peu sur la structure des récits eux-mêmes, qui restent le véhicule de valeurs ultra-conservatrices, rappelle-t-elle. On reste toujours sur un modèle de couple, ultra-normatif, exclusif, etc. On ne déconstruit pas vraiment, c’est de la diversité de vitrine. »

Elle salue le fait que le téléfilm de Noël offre aujourd’hui d’autres modèles pour le téléspectateur ou la téléspectatrice mais estime que cela ne fait pas pour autant avancer les mentalités. « En même temps, ce n’est pas la vocation de ces productions qui sont là pour le statu quo et c’est ça qui les rend si faciles à regarder. » Julie Escurignan confirme que ces films tiennent leur succès de leur facilité de compréhension. Elle parle de « films ambiance de Noël, musique de Noël, déco de Noël ». « Si vous faites autre chose en les regardant, ce n’est pas grave puisqu’ils sont faciles à comprendre, si vous loupez un morceau, cela n’entravera pas à votre compréhension et c’est aussi pour ça qu’on les regarde. »