Camille Combal, l’arnaque la plus réussie du PAF

SUCCESS STORY De son faux CV pour un stage à Fun Radio à son animation décalée sur TF1, Camille Combal refait une beauté au métier d’animateur télé

Maxime Fettweis
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Camille Combal
Camille Combal — LAURENT VU / TF1
  • A peine la saison de Mask Singer terminée sur TF1, Camille Combal revient ce mardi 18 octobre avec la deuxième édition de La grande incruste.
  • Depuis son arrivée à Paris et ses débuts de Fun Radio, l’animateur a fait son chemin. Jusqu’à devenir animateur vedette de la Une, renouvelant le genre de l’animation télé avec son humour décalé.
  • « Dans ma tête, je suis toujours le petit gars de la montagne qui ne connaissait rien ni personne à Paris », confie à 20 Minutes l’animateur de 41 ans.

Chaque nouveau projet que lui confie TF1 est ovationné par le public. Dans Mask Singer, dont la finale a été diffusée mardi 11 octobre, il est parvenu à voler les vedettes aux célébrités costumées grâce à son style décapant et son humour familial. A peine la saison de Mask Singer terminée, Camille Combal revient ce mardi 18 octobre avec la deuxième édition de La grande incruste. Un autre succès presque garanti…

Mais c’est surtout « la télé de papa » qui lui doit désormais beaucoup. Son arrivée dans des programmes tels que Danse avec les stars, Qui veut gagner des millions ? ou encore Une famille en or, a permis de rebooster les audiences et faire renaître des formats qu’on pensait enterrés. Désormais adoubé par Jean-Pierre Foucault ou Nikos Aliagas, rien ne prédestinait le quarantenaire, originaire des Orres dans les Hautes-Alpes, à faire sa place sur la première chaîne. « Je suis le Christophe Rocancourt des médias, je suis vraiment une arnaque », répète-t-il.

Chemise en velours noire par-dessus un tee-shirt blanc et pantalon de costume sur baskets. Camille Combal a troqué l’habituel costume-cravatte quasi obligatoire en prime time sur TF1 contre une tenue décontractée dans l’hôtel du 16ᵉ arrondissement de Paris où nous le rencontrons. Le luxe du décor, imposé malgré lui par son statut de jeune prodige de TF1, contraste pourtant avec le côté « normal » qu’il répète avoir conservé.  « Si le vendredi soir, les gens ils peuvent aller au resto avec des potes au lieu d’être devant la télé, je préfère. Mais on est là au cas où pour ceux qui n’ont pas cette chance, pour leur offrir l’émission la plus légère, la plus cool et se changer les idées. »

Une jeunesse « soit au service soit à la plonge »

C’est dans ses Alpes natales que le jeune Camille rêve pour la première fois d’apparaître sur le petit écran. Loin d’idolâtrer les animateurs d’alors, il s’imagine plutôt aux côtés de Kad et Olivier dans La grosse émission, diffusée sur Canal+. « Je courrais après le collège pour être à l’heure pour les voir faire leurs conneries. Mais franchement être à leur place, je n’osais même pas y croire », rembobine-t-il.

Le rythme du restaurant tenu par ses parents met rapidement fin à ses ambitions. « Avec mon frère, dès qu’il y avait un coup de chaud au restau, on montait et on aidait soit au service soit à la plonge. » L’été, il troque son stand de barbe à papa sur la terrasse de l’établissement contre le service des glaces. « La finale de la coupe du monde 98, je ne l’ai jamais vue parce que mon père m’avait mis aux desserts dans le sous-sol de la cuisine. »

À son père, il doit un peu de son humour, désormais connu des téléspectateurs. Chaque jour, les clients se pressent « pour rigoler cinq minutes avec Riquet ». « C’était vraiment le Coluche de la station », se souvient Camille Combal replongeant quelques instants dans ses souliers d’enfant. « Le matin, le restau, c’était moitié café, moitié stand up. » L’image l’inspire, il devient à son tour celui qui a toujours la bonne formule, le bon mot pour amuser sa bande de potes. L’envie de gagner sa vie à faire rire s’impose dans son esprit mais pas forcément dans sa vie. « Je n’ai jamais pris un cours de théâtre car chez moi tu dis : "je veux faire du théâtre ou de la radio", on te répond : "Ouais fait des raclettes et laisse-moi tranquille." »

Derrière un micro « par hasard »

Terre à terre, il passe une licence de management d’entreprise à Aix-en-Provence. Diplôme en poche, ses parents lui accordent un an pour tenter sa chance à Paris. Il s’installe dans une chambre de bonne à Boulogne-Billancourt « juste à côté de mes bureaux actuels, vous imaginez la coïncidence », s’amuse-t-il avec près de 20 ans de recul. Il écume d’abord les scènes de stand up, « une cata », reconnaît-il aujourd’hui. En parallèle, il décroche un stage sur Fun Radio, où il intègre le service cadeaux. « Je timbrais des enveloppes toute la journée, c’était horrible mais j’avais des tickets restau et 200 balles par mois, c’était déjà quelque chose. »

Cloîtré au premier étage du bâtiment de la radio du groupe RTL, il rêve de passer au second, où sont enregistrées les émissions. « Mon rêve ça aurait été qu’on me dise : "Au fait, on cherche quelqu’un au micro, t’as l’air super marrant, viens faire des blagues." Mais en vrai ça ne se passe pas du tout comme ça. »

Lorsqu’il apprend que l’étage du dessus cherche un stagiaire journaliste pour renforcer l’équipe, il postule. « Je leur ai dit que j’étais journaliste et j’ai réalisé un faux document d'une école de journalisme à Marseille pour qu’ils me prennent. » Pari gagnant puisqu’il intègre l’équipe. « Ils ont rapidement compris que j’étais une arnaque et que j’avais triché mais ils m’ont quand même gardé. » Conscient de sa chance, il travaille dur pour « se rendre indispensable » mais devient surtout le « guignol de service », pas avare de blagues dans les couloirs.

Après son année de crash test à Paris, il enchaînera avec deux ans de stage à Fun Radio où il se fera surtout remarquer pour ses maladresses. « Un jour mon skate m’a échappé et j’ai pété la vitre du bureau du directeur de l’antenne, Gaël Sanquer. » C’est lui qui voit en Camille Combal un candidat idéal lorsqu’il faut remplacer au pied levé le co-animateur pressenti pour l’émission du soir, bloqué sur une autre radio par une clause d’exclusivité. « Après deux ans à galérer, je me suis retrouvé à l’antenne par hasard parce que le gars qui avait été choisi n’avait pas pu venir », s’étonne encore aujourd’hui l’animateur. Qu’à cela ne tienne, il accepte directement. « Mais en vrai, j’étais hyper stressé. »

Une évolution « sans grande ambition »

Il est débauché par NRJ quelques mois plus tard pour remplacer Manu Payet dans la matinale. « Quand il nous a rejoints, il s’en foutait. Il voyait vraiment ça comme un challenge, si ça marchait tant mieux, sinon tant pis », se souvient Bruno Guillon qui le voit alors débarquer dans son équipe. Il reconnaît directement en Camille Combal un « bosseur » peu conventionnel. « J’ai tout de suite senti qu’il avait ce grain de folie qu’il cultive encore aujourd’hui. »

« Je n’avais pas tellement d’ambition, comme aujourd’hui en fait, car je n’ai pas une grande ambition télé », précise Camille Combal. Sur les décombres de ses rêves d’humoriste raté, il construit les prémices de l’animateur qu’il estime être devenu : « une anomalie ». « Dans ma tête, je suis toujours le petit gars de la montagne qui ne connaissait rien ni personne à Paris… »

C’est sur NRJ qu’on lui propose d’apparaître pour la première fois sur le petit écran lorsque le directeur du divertissement de Canal+, Ara Aprikian, qui deviendra ensuite directeur des programmes de TF1, lui propose d’intégrer L’émission spéciale, diffusée tous les midis. Il deviendra ensuite chroniqueur dans Touche pas à mon poste sur C8 et animera la matinale de Virgin Radio pendant six ans.

Le travail « en clan »

Au fil de ses différentes expériences, il rencontre les personnes qui composent encore aujourd’hui son entourage professionnel. « Quand il animait le Morning de NRJ, j’étais stagiaire », se souvient Abdoul Ngongo, auteur pour TF1 et plus proche collaborateur de Camille Combal depuis 2008. « On est tout de suite devenus potes. C’est comme si demain, un stagiaire devenait pote avec Jean-Pierre Foucault, Camille n’a aucune barrière. » Ils se suivent ensuite sur C8 et passent des nuits blanches à écrire les chroniques qui font de Camille Combal un visage emblématique de l’émission de Cyril Hanouna.

Pris par la main lors de ses premiers stages à la radio, l’animateur prend désormais plaisir à accompagner ceux qui font leurs premiers pas à ses côtés. « Il a toujours une énorme satisfaction quand il voit quelqu’un démarrer avec lui. Il fait tout son possible pour accompagner les jeunes collègues, les faire grandir », ajoute Abdoul Ngongo.

« Je suis un peu clanique, je pense que ça vient beaucoup de la montagne », reconnaît de son côté Camille Combal. « Il connaît toutes les équipes, confirme Anthony Meunier, producteur de Mask Singer. Il n’a jamais peur de passer du temps à rencontrer les personnes qui travaillent avec lui et de passer du temps pour apprendre à les connaître vraiment. » Avec ses anciens collègues, il garde aussi de très bons rapports. « Quand j’ai besoin de lui à la radio, je sais que je peux compter sur lui », confie Bruno Guillon.

Résister à la pression TF1

C’est le 29 septembre 2018 que le public de TF1 découvre pour la première fois son visage. Perché sur un cerceau, il fait son apparition par le haut du mythique parquet. « Je n’étais pas stressé, je voulais surtout m’assurer de ne pas avoir une animation trop timide juste parce que j’arrivais sur TF1 », se remémore celui qui en est désormais à sa troisième saison de l’émission de danse de la Une.

La production de l’émission reconnaît une bonne pioche dans le choix de la chaîne. « Il a été efficace dès la première année. Il a mis sa patte dans l’émission et lui a permis de faire peau neuve », se réjouit Deborah Nahon, directrice des divertissements de TF1 Production. Elle estime que Camille Combal fait désormais partie de l’ADN de Danse avec les stars et a permis de repositionner l’émission comme un programme « très divertissant ».

Mais ce qui anime le quarantenaire reste d’enfiler des perruques ou de jouer des personnages. Peut-être parce qu’il déteste l’image qu’il renvoie à l’écran… « Il y a deux choses que je ne peux pas regarder à la télé ou sur mon téléphone, les guêpes et ma tête. Je fais tout pour que ce soit bien sur le moment mais je ne veux pas me regarder ensuite », explique-t-il. « Il vit chaque enregistrement comme un moment de vie. C’est un vrai atout car ça lui permet de garder une vraie fraîcheur », souligne Anthony Meunier.

« Des souvenirs pour 30 ans »

Depuis cette grande première, Camille Combal accumule les projets en tous genres. Du retour d’Une famille en or à La grande incruste, un divertissement où il fait irruption dans les programmes phares de la télévision française. « J’ai trop de chance, c’est un peu ouf que j’en sois là à faire ça sur TF1 », réalise-t-il.

Très en vue, il a préservé une forme d’innocence depuis son arrivée sur la chaîne du groupe Bouygues. « Quand il voit Nikos il est comme un ouf, hyper impressionné alors qu’au final il n’y a pas de raison, ils sont tous les deux animateurs à TF1 », s’amuse Abdoul Ndongo. Il raconte que l’animateur cherche en permanence à rester au plus près de la personne qu’il était lors de son arrivée à Paris. « Il veut surtout que personne ne se dise qu’il a pris la grosse tête car il pense que les gens aiment le vrai Camille et il a vraiment peur de se perdre. »

Et si ça devait s’arrêter ? « Je retournerais dans ma petite province, j’aurais des souvenirs à raconter pendant trente ans. Je pourrais dire : "Les gars j’ai rencontré Dominique Farrugia, j’ai croisé Alain Chabat, Jean-Pierre Foucault, j’ai tourné avec Jimmy Fallon…" », répond-il. Après tout, entre le petit restaurant où il est né et les plateaux de télévision où il fait désormais sa place, il n’y a qu’un pas… « Je pense qu’entre tenir un restaurant et être animateur télé, la différence n’est pas énorme. Il faut accueillir les gens, qu’ils passent un bon moment, qu’ils soient à l’aise, qu’ils aient un bon souvenir et si possible qu’ils reviennent. »