Marianne Basler: «Le viol n'est pas que physique»

INTERVIEW L'actrice est sidérante de justesse dans le rôle de Delphine Odier, chirurgienne agressée sexuellement par un médecin rival, dans «Un Viol», téléfilm de Marion Sarraut diffusé mardi 6 octobre sur France 2 à 20h35...

Recueilli par Anne Kerloc%u2019h

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La comédienne Marianne Basler, le 20 janvier 2009
La comédienne Marianne Basler, le 20 janvier 2009 — SIMON ISABELLE/SIPA
Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter ce rôle?
En tant que femme, je suis toujours effarée de constater que le viol est banal. Il suffit d’écouter son entourage, les confidences des amies, avec leurs constantes : la culpabilité de la victime, la peur omniprésente, peur de parler, de porter plainte. Lorsque j’étais fille au pair, une nuit, le père de la famille qui m’employait est rentré dans ma chambre. Il ne m’a pas violée mais c’était une forme d’agression. Je n’ai rien osé dire, j’avais même peur de partir de cette famille. Des années plus tard, il a été inculpé.

Que dire du titre du téléfilm?

Au début, Un Viol était un titre provisoire pour le téléfilm, et je n’osais pas trop le dire, comme si c’était tabou mais aussi parce que quand je le disais, certains riaient! Oui, ils rigolaient, c’est effrayant. Le film montre une pulsion de destruction à l’oeuvre. Une femme, brillante, médecin, est détruite sur le plan physique et moral par un homme qui se sent menacé par son pouvoir.

A un moment du téléfilm, vous lisez un passage de King Kong Théorie de Virginie Despentes...
Je l’ai lu et je l’ai trouvé formidable. Elle a un propos très brillant sur le sujet et plus généralement de la condition féminine. Le viol n’est pas que physique, il peut être métaphorique, symbolique: le harcèlement, la destruction morale. Certains hommes n’acceptent pas la nouvelle place de la femme et la combattent comme une menace, dans une négation de l’autre, de son altérité. Aujourd’hui, dans nos sociétés, on voit des femmes accéder à des responsabilités, mais pour autant, c’est loin d’être gagné. Pour les besoins du rôle, j’ai rencontré des chirurgiens. L’attitude des hommes chirurgiens était très différente de celle des femmes chirurgiens. Les hommes étaient paternalistes, se libéraient de leur stress et de l’adrénaline de l’opération par des blagues potaches. Les femmes étaient infiniment plus réservées, presque taciturnes. Regardez aussi le monde politique. Si une femme ministre avait dit comme Nicolas Sarkozy «Casse toi, pov’ con!», on l’aurait jugée avec infiniment plus de sévérité.