Pub à la télé: Salariés de France Télévisions et sénateurs furieux du calendrier

TELEVISION La réforme de l'audiovisuel public entre en débat au Sénat… alors que la suppression de la publicité est déjà entrée en vigueur depuis lundi…

Alice Antheaume (au Sénat)

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Manifestation des salariés de France 3 devant le Sénat le 7 janvier 2009.
Manifestation des salariés de France 3 devant le Sénat le 7 janvier 2009. — AFP / FRANCK FIFE

La réforme de France Télévisions était attendue de pied ferme au Sénat, qui l’examine depuis ce mercredi après-midi.

Dans la salle, la ministre de la Culture Christine Albanel entonne, pour la deuxième fois, son discours de présentation du projet de loi; dehors, environ 200 salariés de France2 et France3. Bis repetita? Les mêmes avaient déjà donné de la voix, le 26 novembre dernier, lorsque les députéavait entamé ses débats sur la télévision publique.

Trop longuette Assemblée


«Les débats ont été très mal menés à l’Assemblée, juge l’un des manifestants, rappelant la bataille parlementaire marathon avant Noël. C’était un débat de procédure, pas un débat sur le fond.»

Une façon d’inciter les sénateurs à faire l'inverse: légiférer sur le financement des chaînes de France Télévisions et l’indépendance de l’audiovisuel public.

«Il ne faudra pas que l’on s’empêche de sortir des infos qui gênent le pouvoir»

Ce dernier principe paraît, pour les manifestants, fragilisé par la proposition, votée à l’Assemblée nationale, que l’exécutif nomme et révoque les patrons de Radio France et France Télévisions. «La révocation d’un Président n’arrive pas tous les jours, et c’est heureux», veut rassurer devant les sénateurs Michel Thiollière (UMP), rapporteur de la commission des Affaires culturelles.

Il poursuit: «Ce que l’on doit défendre, c’est une indépendance par rapport au formatage des idées, des intérêts commerciaux, et de la pensée unique.» Or du côté des manifestants, le mot «indépendance» n’a pas le même sens. Pour eux, il s’agit avant tout d’indépendance par rapport au gouvernement. «Il ne faudra pas que l’on s’empêche de sortir des infos qui gênent ce pouvoir qui nous emmerde», lâche un journaliste de France3.

Le point commun entre manifestants et sénateurs

Les manifestants, dehors, congelés sous leurs bonnets, ont pourtant un sujet d’énervement commun avec les sénateurs, assis au chaud: le calendrier de cette réforme.

En effet, le projet de loi entre au Sénat deux jours après que… la publicité a disparu des antennes après 20h. Furieux d'avoir été court-circuités, les sénateurs PS et PCF ont quitté le Sénat à l’ouverture des débats. La gêne existe à droite: «Le Sénat ne sert pas à rien, tempête Hervé Maurey (Union centriste). Je croyais que Nicolas Sarkozy avait souhaité un Parlement fort?» Dans les rangs de l'UMP, ça grince aussi. «C'est un manque d'égards vis-à-vis du Sénat, on aurait pu se débrouiller autrement», commente Philippe Dominati (UMP) dans les couloirs. Michel Thiollière n’a pas omis de s’en émouvoir: «On a l’impression que tout a été dit […]. Le calendrier nous a chahutés. Nous avons été blessés par ce télescopage.»

Une bougie


Coïncidence ou pas, voilà un an que Nicolas Sarkozy a annoncé sa volonté de supprimer la pub de France Télévisions. C’était le 8 janvier 2008. Une annonce coup-de-poing, rappelle le socialiste David Assouline: «Personne ne s'y attendait. Pas même vous, Madame Albanel. Il fallait voir vos têtes quand il l'a dit!». Et le sénateur parisien de conclure: «Le vœu du président est devenu réalité depuis lundi. "Circulez, il n’y a plus rien à voir", nous dit-on. C’est un scandale. J’espère que ce déni de démocratie ne se passera pas dans le silence.»

Charge aux sénateurs de lui donner raison.

Un télescopage que les personnels de France Télévisions déplorent aussi. Ce mercredi, c’était déjà le troisième jour de grève, à l’appel de la CGT contre la nouvelle organisation de la tranche d’information du soir. Journaux de France3 perturbés, et sur France2, celui de 13h a été réalisé par le «personnel non gréviste», a expliqué la présentatrice Elise Lucet.