«Complément d'enquête» sur Bolloré diffamatoire? «Tout est vrai», se défend son auteur

PROCES Le journaliste à l'origine d'un reportage de «Complément d'enquête» consacré à Vincent Bolloré, accusé de diffamation par l'homme d'affaires, s'est défendu mardi...

C.B. avec AFP

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Vincent Bolloré, le 15 janvier 2016 à Ergue-Gaberic dans l'ouest de la France
Vincent Bolloré, le 15 janvier 2016 à Ergue-Gaberic dans l'ouest de la France — FRED TANNEAU AFP

« Tout est vrai dans ce que j’ai dit. » Mardi, le journaliste d’investigation Tristan Waleckx, auteur d’une enquête sur Vincent Bolloré se défendait devant le tribunal correctionnel de Nanterre. Il a été attaqué pour diffamation par l’industriel qui n’a pas apprécié ce documentaire diffusé en avril et juillet 2016. Récompensé par le prix Albert-Londres, ce reportage de Complément d'enquête retrace le parcours de l’industriel.

Tristan Waleckx, poursuivi dans cette procédure avec la présidente de France Télévisions (absente à l’audience), a été longuement questionné sur l'« équilibre » et « la prudence dans le propos » dans ce reportage qui lui a demandé six mois de travail. Le reporter de 32 ans a répondu avoir voulu « montrer la complexité du personnage » et affirmé avoir essayé à maintes reprises de rencontrer Vincent Bolloré. Sans réponse.

De l’huile de palme et des mineurs sans protection

Neuf passages du reportage de 72 minutes sont mis en cause par l’entrepreneur, ainsi que par ses sociétés Bolloré SA et Bolloré Africa Logistics, également parties civiles. Sont notamment ciblés les extraits consacrés aux activités de la Socapalm, société qui produit de l’huile de palme au Cameroun et dont Vincent Bolloré est actionnaire. Des sous-traitants, pour certains présentés comme mineurs, payés à la tâche, travaillant sans vêtements de protection et logeant dans des conditions insalubres, y témoignent face caméra.

« Tous » étaient « unanimes » pour dénoncer leurs conditions de travail, assure le journaliste.« Nous sommes dans l’exploitation la plus misérable qui soit et ça embête Vincent Bolloré qu’on le dise », a appuyé Me Jean Castelain, avocat de la défense, plaidant la « relaxe » pour un « veilleur de l’humanité » qui « nous dit ce qu’est ce Germinal des tropiques ». « Ne privez pas la presse du droit d’enquêter sur les plus puissants d’entre nous », a exhorté le bâtonnier.

«Les bornes ont été dépassées»

Réclamant « 150.000 euros par partie civile », l’avocat de l’industriel, Me Olivier Baratelli, a fustigé un portrait « mis en scène », « une charge de la garde montée » contre son client et son empire, repoussant l’accusation de « procédure-bâillon ». « Lorsque je choisis d’attaquer, c’est que les bornes ont été dépassées », a-t-il assuré. Et d’étriller un « jeune » reporter « épris de ses qualités », à « la malhonnêteté viscérale vissée au corps ».

Le reportage évoquait également les conditions d’attribution d’une concession portuaire de la ville camerounaise de Kribi en 2015, le journaliste posant la question d’éventuels « passe-droits » ayant profité à Vincent Bolloré. « Le mot "corruption" n’apparaît jamais dans le sujet », s’est défendu Tristan Waleckx, reprochant à Me Baratelli de lui « faire dire des choses (qu’il) n’a pas dites, à coups de citations tronquées ». 

«Je suis quelqu'un qui doute tout le temps»

Sur ce seul volet de l’affaire, le ministère public a dit ses doutes sur la « bonne foi » du journaliste tout en laissant au tribunal le soin d’apprécier le caractère diffamatoire de ces extraits. « Je suis quelqu’un qui doute tout le temps », a rétorqué le journaliste en fin d’audience. Le jugement doit être rendu le 5 juin.

Lors d’une procédure distincte devant le tribunal de commerce de Paris la semaine dernière, Me Baratelli avait réclamé 50 millions d’euros de dommages et intérêts pour atteinte aux intérêts commerciaux du groupe Bolloré. Une autre procédure en diffamation a également été intentée au Cameroun par la Socapalm contre M. Waleckx et France Télévisions notamment.