De «Urgences» à «Flynn Carson»: Noah Wyle, une vie en séries

RENCONTRE Depuis 25 ans, l'acteur Noah Wyle joue dans des séries et grandit sous les yeux des spectateurs...

Propos recueillis par Vincent Julé

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Noah Wyle a échangé la blouse blanche de «Urgences» pour la veste d'aventurier dans «Flynn Carson» sur Syfy
Noah Wyle a échangé la blouse blanche de «Urgences» pour la veste d'aventurier dans «Flynn Carson» sur Syfy — 2004 ApolloProScreen Filmproduktion

Il était la star d’Urgences. Et non pas Georges Clooney, dont la série a lancé la carrière cinéma, même s’il n’a participé qu’à cinq des quinze saisons. Les fans ne s’y trompent pas, le vrai héros d’Urgences était John Carter, le jeune étudiant en médecine avec lequel les téléspectateurs ont découvert et suivi la vie de l’hôpital Cook County à partir de 1994. Son interprète Noah Wyle est presque devenu un membre de la famille.

En 25 ans, l’acteur n’a jamais quitté le petit écran, on l’a vu grandir, devenir docteur sans frontières, puis résistant à une invasion alien dans la série de SF Falling Skies, et enfin aventurier malgré lui dans les téléfilms et la série Flynn Carson. Une vie en séries que Noah Wyle raconte à 20 Minutes, alors que Syfy lance samedi la saison 4 de Flynn Carson et les aventuriers, série dont il n’est pas le vrai héros.

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Pourquoi votre personnage, Flynn Carson, n’est pas le héros de la série Flynn Carson et les aventuriers, comme il l’était dans les téléfilms du même nom ?

A l’origine, quand la série a été créée, je devais seulement être une guest star, même pas un personnage régulier. Je devais m’en tenir à mon rôle de producteur exécutif et apparaître de manière sporadique, pour faire avancer l’histoire, et laisser ainsi la série aux autres personnages. Mais pour plusieurs raisons, et surtout le fait que j’aime le show, je me suis retrouvé à en faire de plus en plus.

En revanche, ce serait malhonnête de dire que je suis la star de la série, il s’agit d’un « ensemble show », et la série s’intitule bien [en version originale] The Librarians, au pluriel. En saison 4, je suis dans sept des dix épisodes, j’en réalise deux et en écrit un. Je ne suis donc jamais loin, que ce soit devant ou derrière la caméra.

Vous n’étiez pas intéressé par avoir une série à vous, rien qu’à vous ?

Je préfère les séries avec un grand casting, travailler avec plein de gens, comme sur Urgences et Falling Skies. C’est comme une famille. Et il ne faut pas oublier qu’avoir le premier rôle d’une série, cela veut dire bosser non-stop, 15 heures par jour, cinq jours par semaine, 22 épisodes par an pour les séries de networks. Je n’y voyais aucun inconvénient à 20 ou 30 ans, mais à 46 ans, l’idée d’enchaîner 80 à 90 heures par semaine est tout de suite moins fun. (rires)

J’ai une vie personnelle et professionnelle plus équilibrée, et par exemple sur Flynn Carson et les aventuriers, lors du tournage de la saison 1, je n’étais pas disponible car je me suis marié et suis parti en lune de miel à Paris. Puis, en saison 2, j’ai eu un bébé. Mais si la série est renouvelée pour une saison 5, promis, j’essaierai d’être dans tous les épisodes. (rires)

Quelle est la comparaison la plus appropriée pour Flynn Carson et les aventuriers : Indiana Jones, Once Upon a Time, Stargate, X-Files… ?

Avant, j’aimais dire que Flynn Carson était une sorte d’Indiana Jones, mais joué par Jerry Lewis ou Don Knotts, un petit et frêle comique des années 60. La série est plus un mash up de genres, avec des moments d’aventure et d’action, d’autres plus tournés vers le slapstick, l’horreur ou le pastiche. On rend souvent hommage aux films et séries cultes.

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Vous travaillez depuis 25 ans à la télévision, moins souvent au cinéma. Pourquoi ?

C’est avant tout une question d’opportunités. Quand tu commences ta carrière avec une série, comme moi avec Urgences, tu es mobilisé neuf mois de l’année, avec quelques vacances, quand même, et il ne reste qu’une petite fenêtre pour le reste, les films. Et trouver les bons projets, les bons rôles, c’est difficile, encore plus aujourd’hui. L’expérience cinéma me manque, car lorsque tu tournes un film, il y a un début, un milieu et une fin, c’est concret, immédiat et satisfaisant. Mais je ne cherche pas non plus à être dans un film pour être dans un film.

Avec Urgences, vous avez vécu une vie de télévision…

Les téléspectateurs m’ont littéralement vu grandir à l’écran, John Carter a été le témoin privilégié de ma jeunesse, de mon passage à l’âge d’adulte. Lorsque j’ai commencé la série, j’avais 22 ans, je vivais seul dans un petit appart, et je l’ai quitté marié avec deux enfants. Une expérience édifiante. Falling Skies a en quelque sorte pris le relais, puisque j’y joue un père de trois fils et leader de la résistance, et sur Flynn Carson, je suis une sorte de mentor, en charge des deux côtés de la caméra.

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Pourquoi avait quitté Urgences à la fin de la saison 11 ?

Parce que j’ai eu mon fils. Et pour la première fois de ma vie, je voulais être tout sauf sur le plateau d’Urgences. J’y étais depuis une décennie, la série avait subi de nombreux changements en coulisses, de scénaristes et de showrunners, et tout le casting original était parti. Je me suis dit que c’était mon tour, que c’était le bon moment. Mais il n’était pas non plus question que je quitte définitivement la série, c’était plutôt une pause, j’ai toujours laissé la porte ouverte à un retour, à quelques épisodes.

Après discussion avec le producteur John Wells, nous nous sommes mis d’accord sur huit épisodes, huit épisodes qu’il pouvait utiliser comme il voulait, tous en saison 12 ou en saison 22. Je voulais seulement pouvoir boucler la boucle, pour le personnage, pour moi et pour les spectateurs. Je suis finalement apparu dans quatre épisodes de la saison 12, puis cinq dans la quinzième, la dernière. La série s’ouvre et se ferme sur lui, c’est parfait.

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Lorsque l’on évoque les grands moments de la télévision américaine, l’épisode d’Urgences sur l’agression de Carter et la mort de Lucy revient toujours.

Cet épisode fut un choc. Je m’en souviens très bien, il s’agissait de la première ou deuxième expérience de réalisation de Laura Innes, l’interprète du docteur Kerry Weaver. Moi, j’avais une idée très précise de comment jouer la scène de mon agression. Plus jeune, j’avais rencontré un comédien anglais qui m’avait raconté qu’il s’était battu un soir, et qu’il avait eu la jambe tailladée au rasoir. Mais qu’il n’a ressenti la douleur qu’après coup, en voyant sa blessure. Cette anecdote m’est restée en tête pendant vingt ans, et lorsqu’un patient schizophrène me poignarde dans le dos, j’ai voulu jouer non pas la douleur, mais la confusion, et laisser grandir l’émotion. De l’instant où il arrive derrière moi à ce moment où je vois le visage de Lucy ensanglanté par terre, la musique, le rythme… c’est brillant, et terrifiant.

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Urgences était une série révolutionnaire en son temps. Mais à notre époque de Peak TV, il est plus difficile de savoir, de sentir, quelle série restera… ou pas ?

C’est assez vrai, mais il faut aussi laisser le temps faire son ouvrage, c’est la meilleure manière de savoir quelle série deviendra un classique. Urgences est considérée comme l’une des meilleures médicales, une révolution en termes de style et de rythme, mais Grey’s Anatomy comptera bientôt plus de saisons, et qui sait, battra peut-être le record de Gunsmoke [et ses 20 saisons]. A moins que ce ne soit Flynn Carson ! (rires)

Le plus difficile avec une série comme Urgences, une série de network, c’est de faire 22 épisodes par an et de maintenir la même qualité. C’est pourquoi chaque saison de Flynn Carson n’en compte que 10-12, ou que Netflix et les plates-formes digitales privilégient ce format. C’est une manière de protéger les talents.