Sexisme, racisme, homophobie, transphobie… Cinq talk shows épinglés

ETUDE L'association des journalistes lesbiennes, gay, bi et trans pointe du doigt 54 séquences sur une centaine d’heures de programmes visionnée...

A.D. avec AFP

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Thierry Ardisson sur le plateau de «Salut les terriens» sur C8

Thierry Ardisson sur le plateau de «Salut les terriens» sur C8 — C8

Un mois d’homophobie, de transphobie, de sexisme et de racisme servis sur les plateaux. L'Association des journalistes lesbiennes gay bi et trans (AJL), qui œuvre pour un meilleur traitement des thématiques LGBT au sein des médias français, a scruté pendant un mois cinq talk-shows emblématiques du PAF : Quotidien (TMC), On n’est pas couché (France 2), Salut les Terriens - Les Terriens du dimanche (C8), L’Heure des pros (CNews) et C politique (France 5).

L’AJL a détaillé ce mercredi les résultats de cette étude  sur ces quelque 100 heures de programmes lors d’une conférence de presse. Le bilan ? En novembre, « plus de 50 séquences particulièrement discriminatoires ou problématiques »

« On rit beaucoup des minorités mais pas vraiment avec elles »

« Nous avons choisi ces programmes pour leur influence et leur popularité », a expliqué Clément Giuliano, coprésident de l’AJL. Lors de son enquête, l’association a identifié « 17 séquences clairement LGBTphobes (…) dont six visant des personnes trans », mais également 20 propos sexistes, 9 passages racistes.

Dans un contexte marqué par l’affaire Weintsein, l’étude met en évidence 8 cas de « minimisation criante du harcèlement sexuel ». « Même si nous sommes une association LGBT, on ne pouvait pas ne pas parler des propos racistes ou sexistes car cela participe du même mécanisme », a justifié Alice Coffin, membre de l’AJL.

Dans ces talk-shows, « on rit beaucoup des minorités mais pas vraiment avec elles, on véhicule des clichés éculés ou on minimise la parole des femmes », a résumé Clémence Allezard, coprésidente de l’association.

Thierry Ardisson, le champion des séquences gênantes

L’ensemble des émissions est concerné, bien que C politique le soit dans une moindre mesure, avec une seule séquence problématique.

Le « connard chômeur à Strasbourg qui a rien à foutre l'après-midi qui va balancer un tweet au CSA » a apparemment pas mal de boulot. Les deux émissions, animées par Thierry Ardisson sur C8, sont celles qui laissent la plus grande place à l’homophobie, à la transphobie, au sexisme et au racisme, a constaté l’AJL, avec 18 séquences pointées. Sur le plateau de l’homme en noir, on s’esclaffe devant Michel Leeb, qui reprend l’Africain, on laisse Karl Lagerfeld tenir des propos qui créent le malaise après une sortie sur l’Allemagne et les migrants.

On demande aussi à l’animatrice Cristina Cordula si on doit l’appeler « monsieur ou madame » et on la qualifie de « plus gros zgeg du PAF », des remarques transphobes au seul motif qu’elle est brésilienne. Le chroniqueur Laurent Baffie semble obsédé par la sexualité, en particulier lorsqu’elle n’entre pas dans la norme hétérosexuelle.

Le sexisme ordinaire dans la lucarne

L’AJL a recensé 11 séquences gênantes dans On n'est pas couché et Quotidien. « Prenez un Xanax » à destination de Christine Angot, « Annie Dingo » pour qualifier la maire de Paris : On n'est pas couché reproduit des schémas sexistes, mais aussi les clichés sur les personnes LGBT.

Pour Laurent Ruquier, par exemple, la vapoteuse dans un film avec John Wayne, ça n’irait pas, mais dans Brokeback Mountain, « ça peut passer », insinuant que la cigarette est un marqueur de virilité… et perpétuant des clichés éculés sur les homosexuels.

Quotidien ne constitue « pas un terrain hostile », selon Clémence Allezard, qui reproche cependant à l’émission animée par Yann Barthès de « rire des propos sexistes, homophobes et racistes sans jamais les nommer » ce qui « entretient une ambiguïté ».

Dans une séquence, Yann Barthès montre une photo du couple présidentiel à Abou Dhabi devant une toile attribuée à Léonard de Vinci intitulée La Belle Ferronnière. Il rebaptise La Belle Ferronnière « La Vieille Ferronnière », allusion déplacée et sexiste sur l‘âge de Brigitte Macron.

Pas assez de femmes

Dans L’Heure des pros, l’AJL pointe « la faible représentation des femmes » et relève notamment une séquence, parmi les 14 qui posent problème, où l’animateur Pascal Praud remercie ses invitées par un « Mesdames » après avoir salué nommément chaque homme présent sur son plateau.

L’AJL a annoncé qu’elle allait solliciter les responsables des chaînes et des émissions et le Conseil supérieur de l’audiovisuel pour « entamer une réflexion » sur le sujet.