Explosion des plaintes auprès du CSA: La télé dépasse-t-elle trop les bornes?

TELEVISION En un an, les plaintes envoyées au Conseil supérieur de l’audiovisuel ont augmenté de 121 %…

Clio Weickert

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Olivier Schrameck, le président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel
Olivier Schrameck, le président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Canulars et insultes homophobes, blague de très mauvais goût sur les femmes battues, gestes déplacés sur les plateaux télé… En un an, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a eu du pain sur la planche. Pour preuve, comme l’a révélé le site de Télérama, entre 2016 et 2017, le nombre de plaintes déposées auprès du CSA est passé de 38.616 à 88.000 (dont 40.000 correspondent au sketch homophobe dans TPMP en mai dernier), soit une augmentation de 121 %.

Et en deux ans, ce nombre a quasiment été multiplié par 10, passant de 8.906 à un peu moins de 90.000… Le symptôme d’une télé qui dépasse de plus en plus les bornes ? Pas forcément.

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Pas plus de débordements qu’avant

Sur les deux ans, et sur les 1.000-1.200 dossiers traités par an, 10 % environ concernent la question des droits et des libertés (qui touche notamment à la déontologie des programmes), et dans 2/3 des cas, le conseil n’y fait pas suite. « Contrairement à toutes ces idées de censure, dans la plupart des temps nous n’intervenons pas », est-il précisé à 20 Minutes par le CSA. Nous ne sommes pas l’arbitre de l’élégance et de l’humour, pas un "gendarme" non plus, nous ne faisons qu’appliquer la loi et répondre à ses manquements. »

De même, sur les deux ans, le Conseil n’observe pas plus de débordements en 2017 qu’en 2016, malgré l’augmentation des plaintes, des « saisines » dans le jargon (allant de l’agacement sur le nombre de publicités, aux non-respects des horaires, ou encore aux problèmes de sous-titrage).

Une visibilité accrue

Si l’augmentation des plaintes n’est pas liée à l’augmentation des débordements, comment peut-on expliquer cette explosion des saisines ? Notamment grâce à une meilleure visibilité du CSA, en particulier sur les réseaux sociaux. Cela commence par l’ajout du lien du formulaire en ligne pour alerter l’autorité, dans la « bio » de son compte Twitter. « Plus besoin de faire six clics pour nous trouver », précise le CSA. « On a décidé que la télé n’était pas seulement sur la télé, mais vivait aussi sur les réseaux sociaux. En tant que service public, cela aurait été bizarre de ne pas prendre en compte ce nouveau support ». Et pour les téléspectateurs connectés, la démarche est largement facilitée.

Une visibilité accrue grâce aux réseaux sociaux, mais qui peut également s’expliquer par des décisions du CSA rendues publiques et peut-être plus médiatisées. Sans compter sur le fait que depuis quelque temps, certaines personnalités n’hésitent plus à révéler sur les réseaux sociaux avoir saisi le conseil, à l’image de Marlène Schiappa pour l’affaire Angot-Rousseau dans On n’est pas couché, ou encore de Jeremestar, qui avait alerté ses followers sur la détresse d’une candidate de téléréalité.

Si le CSA semble avoir obtenu en deux ans une forme de reconnaissance de son utilité publique, par sûre qu’il conserve son organisation actuelle encore longtemps. Comme le rapporte Télérama dans son article, Emmanuel Macron aurait récemment douté de son efficacité auprès de députés LREM de la Commission des affaires culturelles. « Il a été pensé, dans sa forme, à une autre époque, qui avait d’autres usages : il faut complètement le réadapter ». Il y a donc de fortes chances qu’on entende encore parler du Conseil supérieur de l’audiovisuel en 2018.