Ténébreux et relax... Le style Laurent Delahousse

MODELE Le présentateur du JT a un style bien à lui, en toute décontraction…

C.W.

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Le journaliste Laurent Delahousse
Le journaliste Laurent Delahousse — DECOIN Benjamin / FTV

« Le pire du journalisme français déférent ». C’est en ces termes, que le correspondant de Reuters à l’Elysée, a fustigé l’entretien du président de la République, réalisé par Laurent Delahousse dimanche soir pour France 2. Et il est loin d’être le seul. « Brosse à reluire », « mielleux »… Le journaliste de la chaîne a dû faire face à une pluie de critiques, après cette interview d’un nouveau genre, tout en déambulation et proximité avec le président.

Car c’est debout, se baladant aux côtés d’Emmanuel Macron dans les couloirs de l’Elysée, dans une sorte de conversation informelle, que Laurent Delahousse a décidé de mener cette interview. Un style qui tranche avec ce que l’on nomme le « journalisme assis » plus traditionnel, un style beaucoup plus décontracté (complaisant ?), très « Laurent Delahousse ».

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Alors qu’il se destinait à une carrière dans le domaine du droit, c’est finalement vers le journalisme que s’est tourné Laurent Delahousse. Après des débuts sur RTL et LCI, il intègre M6 en 1999, où il présentera successivement De quel droit ? et Secrets d’actualité. En 2006, il quitte la petite chaîne qui monte pour France 2, où il devient le remplaçant de David Pujadas au JT du 20 Heures. L’année suivante, il récupère les journaux du week-end, succédant à Béatrice Schönberg, et s’occupe alors de leur présentation et de la rédaction en chef. Il crée notamment plusieurs magazines diffusés après ses JT, à l’image de 13h15 le dimanche. A la rentrée 2017, il abandonne les journaux du samedi et du dimanche, et lance 19h le dimanche, une émission mêlant interview, reportage, infos, politique ou encore actualités culturelles.

Une touche de décontraction

C’est par une attitude plutôt relax, désinvolte, mèche blonde au vent et petite barbe de trois jours, que s’est démarqué le journaliste. Pour Michel Field, ex-chef de l’info à France Télé, Laurent Delahousse est un employé « créatif, travailleur et qui accepte de prendre des risques », rapporte le JDD. « Laurent n’a pas seulement l’air gentil, il est gentil », ajoute quant à lui Jean-Michel Carpentier, rédacteur en chef à France 2.

Trop gentil ? Certains lui reprochent une trop grande proximité dans ses interviews, une approche trop émotionnelle. Le magazine Télérama le qualifiera même de « mièvre du samedi soir ». Récemment, le journaliste a d’ailleurs quelque peu embarrassé l’acteur Vincent Cassel, qui au bord des larmes, lui a fait comprendre qu’il ne s’épancherait pas sur sa famille. Dans l’émotion, donc, mais aussi dans le tactile. Dimanche, face à Emmanuel Macron, les téléspectateurs auront notamment remarqué une proximité physique entre l’intervieweur et l’interviewé, allant jusqu’à se toucher furtivement les bras.

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Une pincée de glam

Outre ses casquettes de présentateur du JT et d’intervieweur politique (lors des campagnes présidentielles notamment), Laurent Delahousse propose aussi des documentaires et en réalise via Magneto Presse, la société de production qu’il a monté avec les réalisateurs Serge Kalfon et Marc Berdugola. Depuis 2007, il présente également Un jour, un destin, où il retrace les destinées exceptionnelles et les faces cachées de personnalités aussi diverses que variées, de Klaus Barbie en passant par Jacques Brel ou encore Brigitte Bardot. A moitié assis sur un bureau dans une pièce où règne la pénombre, à chaque numéro Laurent Delahousse se met lui-même en scène pour introduire ses sujets de son air le plus mystérieux. Le tout dans une ambiance aussi intimiste que ténébreuse… Et ça paye. En 2014, l’émission a réalisé l’une de ses plus fortes audiences avec un numéro consacré à Anne Sinclair, rassemblant cinq millions de téléspectateurs.

Enfin, le journaliste avait également pour projet de s’essayer au cinéma, en réalisant son tout premier long-métrage, dont le rôle principal devait être endossé par Jean d’Ormesson. Le projet cinématographique devait évoquer un écrivain, « au soir de sa vie » en proie au doute : « A-t-il vraiment écrit le chef-d’œuvre qu’il portait en lui ? Ne s’est-il pas éparpillé ? Et maintenant qu’il s’en rend compte, n’est-il pas trop tard ? » détaillait le JDD. Malheureusement, Jean d’Ormesson nous a quittés le 5 décembre dernier à l’âge de 92 ans.