Crise à France Télévision: Comment «Envoyé spécial» et «Complément d'enquête» ont failli disparaître

INFO Une motion de défiance à l’encontre Delphine Ernotte sera soumise au vote de toutes les rédactions du groupe FTV la semaine prochaine…

V. J. avec AFP

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La journaliste Elise Lucet présente «Envoyé Spécial» sur France 2.
La journaliste Elise Lucet présente «Envoyé Spécial» sur France 2. — Charlotte Schousboe - FTV

Les magazines d’information du jeudi de France 2, Envoyé spécial et Complément d’enquête, resteront bien à l’antenne en 2018, avec le même nombre d’émissions mais avec trois journalistes à temps plein en moins.

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C’est la fin d’un feuilleton qui agite les médias et France Télévisions depuis une semaine. A l’origine, il y a la décision fin septembre du gouvernement de réduire le budget 2018 du groupe audiovisuel de 50 millions d’euros.

Moins de journalistes, moins d’émissions

Le plan d’économies prévoit de toucher tous les périmètres, toutes les directions de France Télévisions. A commencer par l’information avec la suppression de 1.300 postes dont tous les CDD et une trentaine d’équivalents temps plein (ETP) pour les magazines d’info. Envoyé spécial et Complément d’enquête se retrouveraient alors respectivement avec cinq reporters pour le premier, et deux pour le second.

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Conséquence directe, les émissions changeraient de rythme de diffusion, et seraient proposées, non plus de manière quasi hebdomadaire, mais mensuelle. Complément d’enquête passerait de la seconde partie de soirée au prime time et la case du jeudi soir serait partagée entre Envoyé Spécial, Complément d’enquête, l’Angle Eco, l’Émission Politique et les portraits de Laurent Delahousse.

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« On regarde chaque émission les unes après les autres, avait commenté le directeur de l’information Yannick Letranchant. On regarde quel type d’économies on peut faire avec potentiellement un peu moins d’émissions, une exposition moindre, une organisation un peu différente. » Dans une lettre rendue publique, les salariés y voyaient la disparition annoncée des deux émissions.

#TouchePasMonInfo

Lundi, à la suite d’une réunion entre la direction et les journalistes, Libération et Le Parisien relaient l’information selon laquelle Envoyé spécial passerait de 14 à 4 reporters, et Complément d’enquête de 12 à 2. Des chiffres démentis par FTV, qui évoque une piste privilégiée et non une décision finale, mais c’est trop tard, la Société des journalistes de France 2 annonce dans la foulée une rencontre avec Delphine Ernotte pour mardi, suivie d’une assemblée générale pour discuter d’une motion de défiance contre la présidente.

Les réseaux sociaux se mobilisent également autour du hashtag #TouchePasMonInfo, avec les appels d’Elise Lucet, animatrice d’Envoyé spécial, et de Thomas Sotto, à la tête de Complément d’enquête et d’autres journalistes.

Motion de défiance à l’encontre de Delphine Ernotte

Est-ce le résultat de la mobilisation numérique, dans tous les sens du terme ? Ou de la menace d’une nouvelle motion de défiance ? Toujours est-il que, mardi, Yannick Letranchant annonce dans une lettre aux salariés que le rythme actuel des émissions sera conservé et que seuls trois ETP seront supprimés : « Un arbitrage proposé à la Présidente, qui l’a accepté, et qui me semble plus équitable et qui permet de travailler sereinement pour une information indépendante de qualité » a-t-il annoncé.

A la sortie de l’AG, mardi soir, la Société des journalistes de France 2 a confirmé qu’une motion de défiance à l’encontre de Delphine Ernotte allait être mise au vote de l’ensemble des rédactions du groupe la semaine prochaine, avec également la publication dès demain d’une tribune dans Le Monde.