«Mariés au premier regard»: Pour le maire de Grans, «le mariage n'est pas un acte d'amour»

INTERVIEW Yves Vidal, le maire de Grans qui marie les candidats de «Mariés au premier regard» est revenu sur l'expérience pour «20 Minutes»...

Claire Barrois

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Yves Vidal, le maire de Grans (Bouches-du-Rhône) où se marient les candidats de «Mariés au premier regard».
Yves Vidal, le maire de Grans (Bouches-du-Rhône) où se marient les candidats de «Mariés au premier regard». — Lou Breton / M6

Mariés au premier regard  est de retour, et vous êtes toujours choqués par l'union de deux inconnus ? 20 Minutes est allé interroger le maire de Grans, la ville des Bouches-du-Rhône où les candidats de l'émission se disent « oui » pour connaître son avis sur la question. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu' Yves Vidal, est un personnage et qu'il mériterait qu'on le voie plus à l'écran.

Ça fait quoi de marier des couples qui se rencontrent pour la première fois à la mairie ?

Le maire fait son job. Il n’y a pas de différence entre ces mariages et les mariages habituels. La plupart des gens font une confusion totale avec le mariage blanc. Le mariage blanc est illégal, ça n’a rien à voir ! Là ce sont des Français, qui sont consentants, que je marie normalement. Les articles de loi lus lors de la cérémonie donnent les règles d'une vie en commun sur le plan administratif, et se mettre avec quelqu'un par amour n’est pas nécessaire du point de vue administratif.

Je ne connais pas les mariés, mais ça m’arrive également pour d'autres mariages. Et dans les grandes villes c’est comme ça : Quand il y a vingt-cinq mariages le samedi après midi, on ne demande pas aux mariés s’ils se connaissent, s’ils ont déjà fait l’amour. Et puis c’est leur problème, ils sont majeurs, ce ne sont pas des demeurés. Ils ont tous 30 ans, une profession, des responsabilités.

« Je n’ai pas à rentrer dans le sujet de savoir s’ils s’aiment ou pas. Les documents sont conformes. »

N'y a-t-il pas d'obligation de se connaître pour se marier ?

Se connaître ne fait pas partie des obligations. En revanche, il faut ne pas être marié, donner son extrait d’acte de naissance, sa carte d’identité... L'un des futurs époux doit également résider dans la commune. Ici, c'est le cas : ils me donnent une adresse à Grans, à cette adresse, il y a une boîte aux lettres à leur nom. Ce n'est pas mon problème qu'ils y habitent ou pas. Je n’ai pas à rentrer dans le sujet de savoir s’ils s’aiment ou pas. Les documents sont conformes.

C'est donc vraiment légal ?

Après 41 ans de mairie, avoir été député et président d’un parti politique local, je suis pas jobar, je me serais pas embarqué dans une émission illégale ! J’ai du tempérament, j’aime bien quand ça déraille, je suis un peu provoc, mais j’ai tout fait dans les règles. J’ai tout fait vérifier par mes services juridiques. La publication des bans était vraiment le point sensible en raison du fait que les mariés ne doivent pas savoir qui est leur promis avant le jour J. Les dossiers sont parfaitement complets, avec les bans publiés à Grans et dans les deux communes de naissance des époux, douze jours avant le mariage, soit deux jours de plus que ce qui est obligatoire.

L'ambiance de ces mariages est-elle vraiment différente de celle des mariages habituels ?

Cette année, les familles sont un peu plus souriantes que lors de la première saison, parce qu’elles savent à quoi s’attendre. Il y a toujours un invité qui a vu l’émission l’année dernière, ça n'est pas la même surprise. Le soir, les mariés et leur famille font la fête. Les familles discutent depuis le début d'après-midi, et quand on les voit le soir, si on ne savait pas qu’ils ne se connaissaient pas auparavant, on ne pourrait pas le deviner.

Quel est l'impact du tournage sur votre travail ?

On organise un mariage par jour pour des raisons d’organisation. Tout est clair avec la production. Avant l’entrée de la mariée, M6 me dit si j’ai le droit de parler ou pas. Une fois qu’elle est là, je suis le maître. Quand j’attaque la cérémonie, je suis dans un acte officiel et ce qu’ils filment ou pas, ça ne me regarde pas. Ils font ce qu’ils veulent au moment du montage à la fin, mais ils ne m'interrompent pas.

Quelle est votre conception personnelle du mariage ?

Je me suis marié quatre fois, mais je me marie toujours pour la vie ! J'ai une vision très officielle du mariage. Vu ma position, je ne me vois pas me promener bras dessus bras dessous dans la rue avec ma copine. Je dis "mon épouse". C’est un positionnement et une reconnaissance vis-à-vis d’une personne, mais pas un acte d’amour. L’acte d’amour est dans le quotidien, pas dans le mariage. On est rentrés dans une philosophie qui tourne essentiellement autour du fric.

Et qu'en pensent vos administrés ?

J’en ai discuté avec mon curé. Il est d'accord avec moi : Il y a 150 ans, dans la bourgeoisie et la noblesse, la fille qui connaissait son futur mari, c’était une pute ! Et le débat des catholiques intégristes ne m'intéresse pas. Ils parlent de philosophie religieuse sur l’amour. Je représente le point de vue administratif. 

« Il y a 150 ans, dans la bourgeoisie et la noblesse, la fille qui connaissait son futur mari, c’était une pute ! »

Sur le plan économique, c'est intéressant. On voit que l'émission est tournée à Grans. Ça fait connaître le village. Et puis une équipe de production composée d'une douzaine de personnes qui passe une quinzaine de jours sur place pour chaque mariage, les familles de dix mariés qui viennent sur place, se rendent au restaurant et dans des chambres d’hôtes, ça a un impact économique direct ! En plus, ça ne coûte rien à la commune parce que je facture tout à la production, jusqu'aux gardes municipaux qui bloquent les rues. Et le seul qui n'est pas payé dans cette affaire, c'est moi.

L'année dernière, tous les mariages que vous avez célébrés dans l'émission se sont soldés par un divorce. Ça n'est pas trop frustrant ?

Pour moi, c'est une expérience agréable, je suis curieux. En région parisienne, on compte sept divorces sur dix dans les cinq ans après le mariage. C'était des Parisiens, donc ça n'est pas chez moi, ça n'est plus mon problème. Et au Danemark, où l'émission existe depuis huit ou dix ans, ils ne sont pas loin de la moyenne nationale. J'ai bon espoir que d’ici cinq ou six ans, on aura remonté les taux !