Retour sur la page d'accueil 20 Minutes
INTERVIEW«Il est temps d'ouvrir en France une discussion sereine sur le génocide» rwandais

«Il est temps d'ouvrir en France une discussion sereine sur le génocide» rwandais

INTERVIEW
Raoul Peck, réalisateur, de «Quelques jours en avril», un film sur le génocide du Rwanda...
La France a soutenu le régime rwandais alors qu'elle avait connaissance, contrairement à ce qu'elle a affirmé, dès 1990 de "prémices du génocide" au Rwanda de 1994, selon le journal Le Monde qui cite des archives de la présidence française.
La France a soutenu le régime rwandais alors qu'elle avait connaissance, contrairement à ce qu'elle a affirmé, dès 1990 de "prémices du génocide" au Rwanda de 1994, selon le journal Le Monde qui cite des archives de la présidence française. - Marco Longari AFP/Archives

Au Rwanda, c’est chaque année, en avril que le souvenir prend la noirceur des mauvais jours et des ciels de pluie. En avril 1994, Augustin, militaire hutu modéré, vit avec sa femme Jeanne, une Tutsie. Son frère Honoré est animateur à Radio Mille Collines. A travers les croisements et affrontements des deux frères, c’est toute l’histoire du génocide que restitue avec précision et sensibilité «Quelques jours en avril» du réalisateur Raoul Peck. Commandé aux Etats-Unis, tourné au Rwanda, il sera diffusé ce soir pour la première fois en France, à 21H sur Arte.

Entretien avec le réalisateur


«Quelques jours en avril» s’appuie sur des récits de survivants. Comment s’est déroulé votre travail de recherche?

Une des conditions pour faire ce film était de passer du temps, beaucoup de temps au Rwanda. Voir les lieux, s’en imprégner, rencontrer les personnes, tenter de comprendre… Même si on a lu des livres, vu des images d’actualité cela ne peut en rien se comparer à ce moment où l’on arrive sur place. Là, on est confronté aux survivants qui vous racontent leur histoire, vous montrent les traces du génocide encore présentes sur les lieux. C’est un moment très fort, qui vous fait réfléchir sur votre propre existence. La plupart de ceux dont j’ai recueilli le témoignage, dont l’histoire irrigue le film, sont devenus des proches, même si les personnages sont composites, empruntent à plusieurs d’entre eux.

La première a eu lieu à Kigali…

Deux journées de projection ont eu lieu dans le stade de la ville, théâtre d’événements dramatiques. La première a réuni 8.000 personnes, la deuxième… 30.000. Il était essentiel que les Rwandais puissent s’approprier ce film. D’ailleurs, la télévision rwandaise dispose d’une copie et peut programmer le film quand elle veut. Nous avons également donné des DVD au musée des survivants, qui peut les vendre. Le film circule beaucoup en Afrique, dans les associations, les ONG, sert à la prise de parole, à la compréhension du génocide. Un film comme celui-là a du sens s’il aide à comprendre.

Sa diffusion en France a-t-elle une résonance particulière?

Oui! Il est plus que temps d’ouvrir en France une discussion sereine sur le génocide et le rôle de la France. Ce débat, public, a eu lieu aux Etats-Unis, en Belgique… Pourquoi la France ne le fait-elle pas?

«Quelques jours en Avril»
Arte, vendredi 22 février à 21h.