Grâce à Jeremstar et Magali Berdah, la téléréalité devient-elle un sujet sérieux sur nos écrans?

NORMAL Les émissions médias «Les Terriens du Dimanche» et «TPMP» ont recruté Jeremstar et Magali Berdah, figures du monde de la téléréalité, comme chroniqueurs...

Claire Barrois

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Jeremstar (à gauche) et Magali Berdah (à droite) sont deux spécialistes de la téléréalité qui évoluent désormais dans la sphère des médias.
Jeremstar (à gauche) et Magali Berdah (à droite) sont deux spécialistes de la téléréalité qui évoluent désormais dans la sphère des médias. — Cyrille GEORGE JERUSALMI/C8
  • Alors qu’elle rassemble quelques millions de téléspectateurs tous les soirs, la téléréalité n’est pas encore vraiment représentée dans les émissions sur les médias.
  • Deux exceptions existent cependant : l’agent de personnalités de la téléréalité Magali Berdah, chroniqueuse dans « TPMP » et le youtubeur Jeremstar, qui a rejoint l’équipe de Thierry Ardisson dans « Les Terriens du dimanche ».
  • Grâce à eux, la téléréalité entre dans la sphère des autres émissions télévisées, mais son intégration est très progressive.

La téléréalité, longtemps boudée par les médias, est-elle devenue un sujet tellement banal qu’on le mélange aux autres ? Un mois après la rentrée télé, 20 Minutes a fait le point sur la participation de Jeremstar et Magali Berdah respectivement aux émissions Les Terriens du Dimanche et TPMP avec l’aide de la sociologue des médias Nathalie Nadaud-Albertini.

Avec Magali Berdah, la téléréalité à part

« La téléréalité, un sujet comme un autre, oui et non, estime la spécialiste. Quand on regarde les interventions de Magali Berdah dans TPMP, soit elle est à part, soit elle est un peu taboue. » Séquences à l’appui. Dans l’émission du 28 avril 2017, quand Julien interroge l’agent sur les salaires des personnes qu’elle représente, son premier réflexe est de dire : « En téléréalité ? J’ai le droit de mélanger ? », il lui répond : « Ici on mélange tout. » « Ça montre que ce n’est pas encore clair, que le sujet n’est pas vraiment traité comme un autre sujet télévision », note Nathalie Nadaud-Albertini.

Pour preuve, dans la même émission, quand on décrit l’émission Les Anges de la Téléréalité pour ceux qui ne regardent pas, c’est en disant : « Tu sais, l’émission où on s’engueule en string ». Une manière de voir l’émission « très descriptive, commente la sociologue. Cette réaction montre que c’est tabou de parler de téléréalité, que les chroniqueurs se sentent obligés de critiquer, de mettre une distance entre les candidats et eux pour montrer que les candidats font partie d’un autre monde. »

Les chroniques de Jeremstar, sur des sujets un peu plus variés

Reportage sur la pénoplastie d’un candidat de Secret Story, révélations sur la prostitution dans la téléréalité… Dans Les Terriens du Dimanche, Jeremstar parle surtout de téléréalité, mais pas que. « Son arrivée chez Ardisson est dans la continuité de ce qu’il faisait jusqu’à présent. Ardisson adore les interviews provoc, avait déjà recruté Baffie dans cet esprit, rappelle Nathalie Nadaud-Albertini. C’est quelqu’un qui, dès le départ, a intégré les critiques de la téléréalité et a décidé de les prendre au second degré : Il revendique n’avoir aucun talent et être un provocateur toujours dans la transgression, dans la méchanceté… »

Mais si le youtubeur balance les résultats de ses enquêtes sur la téléréalité, domaine dans lequel il a une expertise certaine, il n’y est pas cantonné et s’intéresse à d’autres sujets, comme le tantrisme dans l’émission du 1er octobre. « Le fait que Jeremstar ne soit pas cantonné à la téléréalité en fait un sujet média comme un autre, mais en même temps ce n’est pas encore un vrai sujet acceptable, constate la sociologue. On voit une certaine perméabilité entre la télévision et la téléréalité. La téléréalité est en cours d’intégration. »

Une étiquette encore très mal vue

Les choses s’arrangent pour l’image de la téléréalité, mais cette dernière reste encore une « sous-télévision », considérée comme de la télé-poubelle. Difficile donc d’évoquer sa passion pour Les Marseillais dans un dîner mondain. « Aujourd’hui encore, le mot "téléréalité" est associé à la mémoire du scandale, de la polémique de base en avril 2001 quand on a lancé Loft Story, explique Nathalie Nadaud-Albertini. A l’époque il y avait eu une grosse inquiétude sur l’avenir de la télévision. Ce genre de fort événement médiatique reste dans la mémoire collective et est incarné par le mot. Ce mot est encore un peu tabou. » Un tabou qui s’atténue néanmoins.

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