Michel Denisot sur Paris Première: «Dans "En off", l'image échappe à ceux que j'interviewe»

MEDIAS Dès ce lundi, 23h, Michel Denisot présente « En off », une nouvelle émission mensuelle sur Paris Première. « 20 Minutes » a interviewé l’intervieweur…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Michel Denisot présente «En off» sur Paris Première.
Michel Denisot présente «En off» sur Paris Première. — Marianne ROSENSTIEHL / PARIS PREMIERE

Quand quelqu’un livre au journaliste qui l’interview une information officieuse ou une confidence qui n’est pas (ou plutôt pas forcément) destinée à être publiée ou diffusée, on dit qu’il s’exprime « en off ». En off, c’est aussi le nom d’ un rendez-vous lancé en mars par Michel Denisot sur le site de Vanity Fair dont il est le directeur de la rédaction et qui se déclinera désormais chaque mois sur Paris Première. Alors que, ce lundi, Julien Doré (à 23h) et Vincent Dedienne (à 23h30), essuient les plâtres, 20 Minutes a joué à « l’intervieweur interviewé » avec le journaliste.

Le concept de « En Off », c’est d’amener une personnalité sur un lieu phare de sa carrière ?

Oui, sur un lieu qui compte pour elle, que ce soit dans sa carrière ou dans sa vie. C’est une autre façon d’appréhender l’interview, sur un format plus long. J’avais déjà expérimenté cela sur Conversation secrètes [émission diffusée en 2016 sur Canal +] . Je reprends le principe, mais sur un seul lieu et avec des images (extraits de spectacles…). Les personnalités sont généralement aguerries à la télévision, elles maîtrisent bien les choses. Là, il n’y a pas d’écran de contrôle, l’image leur échappe un peu.

Cela facilite les confidences ?

Les gens donnent ce qu’ils veulent, mais je dirais que oui. C’est d’ailleurs plus une conversation qu’une interview. Le ton est différent, c’est plus personnel. Ils sont moins sur leurs gardes.

Vous avez fait des interviews par milliers, cet exercice ne vous lasse pas ?

Non, car je suis curieux et je le serai jusqu’à la fin de la vie, c’est mon métier. Je suis toujours curieux du talent.

Y a-t-il une personnalité que vous rêveriez d’interviewer ?

Je fais cette émission en rencontrant des gens qui sont en ce moment dans la lumière, dans l’actualité. J’aimerais interviewer aussi des gens qui ont été dans la lumière et ne le sont plus, ou le sont moins, pour une raison ou une autre. Cela m’intéresse de voir comment ils vivent cela, l’évolution des choses. D’anciens présidents de la république, par exemple.

Donc François Hollande ?

Oui. Nicolas Sarkozy m’intéresserait aussi.

Quel est votre meilleur souvenir d’interview ?

Quand on me pose cette question, j’ai toujours tendance à répondre que c’est la prochaine, car je pense toujours que ce sera mieux. Mais des bons souvenirs, j’en ai plein. Comme mon interview de Mike Tyson en Arizona qui sortait de prison et reprenait la boxe. Ou celle du Dalaï-Lama, en Inde. Finalement, ce sont celles où j’ai rencontré les gens dans la vie plutôt que sur un plateau de télé, parce que c’est plus intéressant. Le plateau a quelque chose de technique pour l’un comme pour l’autre.

Et le pire souvenir ?

Je suis à un moment de ma vie où j’élague. Je n’ai pas envie de perdre mon temps avec de mauvais souvenirs. Il n’y en a pas beaucoup. (il réfléchit). Il y en a qui ont été difficiles, mais je n’en ai pas de « pire ». Par exemple, l’interview du général Lebed, en pleine guerre en Tchétchénie, je ne me suis rendu compte qu’après coup du danger, de là où j’étais… Ou celle de Laurent Gbagbo, enfermé dans son palais présidentiel, refusant de reconnaître sa défaite [à la présidentielle ivoirienne de 2011]. C’était tendu.

Quelle est l’information que vous avez obtenue en off et que vous êtes le plus fier d’avoir sortie ?

Je n’ai pas à être fier d’avoir une info, c’est mon métier. J’ai en revanche été marqué par mon entretien avec Christiane Taubira pour un numéro de Conversations secrètes. On l’a tourné le matin même où elle venait d’annoncer à François Hollande qu’elle quittait le gouvernement. Personne d’autre n’était au courant. Je sentais qu’entre ce tournage et le moment de la diffusion trois semaines plus tard, le contenu de l’interview serait dépassé. J’ai donc arrêté le tournage en cours pour parler à Christiane Taubira en off. Elle me répond qu’elle ne dit jamais rien en off. Je lui demande alors de me faire confiance et je lui explique que je pressens que l’entretien serait obsolète. Elle m’a alors confirmé qu’ elle quittait son poste de ministre de la Justice, qu’elle officialiserait bientôt la nouvelle et que j’étais la deuxième personne seulement à qui elle en parlait. On a donc repris l’interview, j’ai respecté le off, mais j’ai orienté mes questions au regard de ce que je venais d’apprendre. On a décidé d’anticiper la diffusion : ce numéro de Conversations secrètes était à l’antenne trois jours plus tard pour coller à l’actu.

Ce printemps, des rumeurs ont circulé, disant que Cyril Hanouna et vous envisagiez un retour à l’antenne de « Mon Zénith à moi », émission culte que vous présentiez sur Canal +…

J’ai appris ça en lisant le journal ! On ne m’en a jamais parlé. Mais ce ne serait pas une mauvaise idée. Je ne ferme pas la porte.

Dernière question, en (« faux ») off, l’arrivée de Neymar au PSG [il a été président délégué du club parisien entre 1991 et 1998], vous en pensez quoi ?

C’est formidable. Le PSG a une équipe pour gagner la Ligue des champions cette saison et le championnat de France a grimpé de dix étages.