Tom Ellis: «Lucifer est le genre de personnage que l'on adore détester»

SÉRIE TV Entre la saison 1 sur CStar et la saison 2 sur 13ème Rue, «Lucifer» prend possession de la rentrée séries sur les chaînes françaises...

Propos recueillis par Vincent Julé

— 

Dans la série «Lucifer», le diable s'habille en Hugo Boss
Dans la série «Lucifer», le diable s'habille en Hugo Boss — FOX

Dimanche soir, vous êtes prêt de 500.000 à être tombé sous le charme de Lucifer, ou de son acteur Tom Ellis, sur CStar. Très librement adapté d’un personnage de comics DC, il a moins à voir avec le maître des enfers, ou du moins de l’image que l’on s’en fait dans l’inconscient collectif, qu’avec un Patrick Jane de Mentalist ou un Rick Castle.

En effet, lassé de sa vie, Lucifer décide d’abandonner son royaume pour Los Angeles, la Cité des anges, où il devient patron de bar la nuit et consultant auprès de la police le jour. Normal. Il n’hésite d’ailleurs à dire à qui veut l’entendre qu’il est le diable, mais personne ne le prend au sérieux. A la croisée des gens, Lucifer doit beaucoup à son interprète principal, que 20 Minutes a rencontré à l’occasion du lancement de la série sur CStar et de la suite de la saison 2 sur 13ème rue à partir du 25 septembre. Et histoire de pouvoir glisser en soirée un petit « j’ai rencontré le diable ».

Au cinéma et à la télévision, le diable est souvent représenté soit comme un monstre, soit en beau gosse tiré à quatre épingles. C’est votre cas dans Lucifer.

L’une des premières choses que dit Lucifer dans le pilote est qu’il doit avoir de parfaites manières en toutes circonstances. Il ne pouvait être que séduisant, magnétique, avec un look moderne, urbain. Il ne faut pas oublier qu’il incarne la tentation, la luxure, le sexe… je m’arrête là. (rires) Regardez l’accroche de l’affiche : « Hot as Hell ». Tout est dit.

>> Neil Gaiman: «Les racines de la fantasy européenne sont encore plus profondes»

Lucifer apparaît pour la première fois dans le comics The Sandman, et son auteur Neil Gaiman cite David Bowie comme principale influence. Pour vous aussi ?

En fait non, pas vraiment, et pour la simple raison, que je n’avais jamais entendu parler du comics avant de décrocher le rôle. J’ai découvert son existence après coup. Je sais, c’est mal, mais Neil est au courant. Il m’a même appelé après le pilote pour me dire qu’il aimait beaucoup mon approche du personnage. Si mon Lucifer a un côté rock’n’roll, il vient plus de Mick Jagger que de David Bowie. Je me suis aussi beaucoup inspiré du dramaturge Noël Coward, le flegme britannique incarné. Lorsque j’ai lu le script la première fois, le personnage m’a paru venir d’un temps différent, comme s’il sortait d’une pièce d’Oscar Wilde. Vous l’aurez compris, mes références sont plus old fashion que pop culture.

Sans oublier cet accent so british.

Tout le monde a l’accent britannique en enfer, vous ne saviez pas ? (rires) C’est venu naturellement en fait, je voulais signifier qu’il venait d’autre part, qu’il n’était pas de Los Angeles. Mais j’ai essayé avec un accent américain et cela ne marchait pas du tout. Il passait pour un sale prétentieux. Alors que les Américains trouvent l’accent anglais charmant. Je pouvais l’utiliser comme un masque, un filtre, et dire tout ce que je voulais.

>> Pourquoi «Legion» ne semble pas être une super-série de plus ?

The American Family Association n’aime pas trop la série et a voulu l’empêcher d’être diffusé, car, je cite, « elle glorifie Satan comme une personne sympathique, faite de chair et de sang ».

Et donc, quel est le problème ? Enfin, quel est leur problème, devrais-je dire. (rires) Une minorité de personnes ont critiqué le show avant même de le voir, avant qu’il soit lancé. Lucifer est divertissant, fun et inoffensif. Il se joue d’un personnage qui renvoie à de nombreuses idées préconçues. S’il y a un message à retenir de notre version, c’est que les gens devraient se garder dans un miroir et prendre les responsabilités de leurs actes, au lieu de se réfugier derrière un être potentiellement mythologique.

Lucifer est-il au final un personnage qu’on aime détester, ou qu’on déteste aimer ?

Bonne question… piège. (rires) En toute franchise, je pense qu’il est difficile de le détester vraiment. Donc je dirai un personnage qu’on adore détester. Mais une question se pose : pourquoi les gens aiment tant le diable ? Et comment rendre attractif, séduisant, un personnage a priori mauvais, déplorable. C’est un challenge, la fameuse « sympathy for the devil ».

>> «American Gods»: Un road trip mythologique sanglant ... et drôle

Si Lucifer se présente avant tout comme une série policière, procédurale, elle devient de plus en plus feuilletonnante. Avec un tel univers - le diable, les anges, les enfers -, impossible de se passer de mythologie ?

Nous n’avons pas essayé de mettre la série dans une case : policier, fantastique, procédural… Il a fallu trouver le « truc », l’équilibre, pour que tout fonctionne. Mais selon moi, la série a sa propre identité, car elle ne se prend jamais trop au sérieux. L’humour réussit toujours à s’infuser quoi qu’il arrive. Lucifer se fiche des enquêtes, des victimes, il ne pense qu’à lui, à ce que ces expériences peuvent lui apporter. Si je dis que Lucifer est une « satire fantastico-procédurale », j’ai bon ? C’est vrai que la mythologie n’était qu’une toile de fond, mais après deux saisons et bientôt trois, il a fallu l’explorer, la déployer. Même si nous revisitons certaines imageries incontournables, comme les ailes d'anges, nous essayons de surprendre chaque semaine. J’aime par exemple l’idée que l’enfer soit différent selon les personnes, que chacun ait son propre enfer personnel.