Sonia Mabrouk: «Les journalistes doivent être engagés sur les grandes questions»

INTERVIEW La journaliste arrive sur CNews pour animer, dès ce lundi, « Les Voix de l’info » sur la tranche 17h-19h...

Propos recueillis par Fabien Randanne

— 

Sonia Mabrouk est journaliste sur Europe 1 et CNews.
Sonia Mabrouk est journaliste sur Europe 1 et CNews. — Stéphane Grangier

Elle est l’un des nouveaux visages de CNews [ex-iTélé]. La chaîne info du groupe Canal+ compte beaucoup sur Sonia Mabrouk pour se relancer après une saison 2016-2017 marquée par une longue grève, une hémorragie de ses effectifs journalistiques et divers cafouillages. La journaliste sera dès ce lundi aux commandes des Voix de l’info, de 17h à 19h. Un rendez-vous qu’elle promet « sans langue de bois », mais aussi « sans clash », fidèle à la rigueur et au professionnalisme dont elle a fait preuve ces dernières années sur Public Sénat et Europe 1, comme elle l’a expliqué à 20 Minutes.

A quoi peut-on s’attendre avec Les Voix de l’info ?

L’émission sera structurée par deux grands débats. Je vais tenter, modestement, d’apporter ma marque, c’est-à-dire des discussions approfondies, des invités et des intervenants de qualité et un temps long pour l’analyse. Quarante minutes pour chaque débat, c’est un petit luxe, j’en suis bien consciente ! Nous allons parler de l’actualité immédiate, mais il me semble également primordial de lever le nez du guidon pour ouvrir des perspectives. C’est cela que je veux installer, sans langue de bois, mais aussi sans clash ni buzz, avec des invités et des idées que l’on n’a pas forcément vus et entendus ailleurs. Pour le deuxième débat, je serai entourée d’un pool de chroniqueurs experts dans leur domaine – des journalistes, des chefs d’entreprise, des économistes… - et que l’on ne voit pas partout.

Mettre en place une émission sans clash, ni buzz, sur une chaîne d’information en continu où, par définition, l’information circule en permanence, charriant son lot de polémiques et de petites phrases, c’est une gageure ?

Oui, c’est le mot. C’est une gageure et une promesse. D’ailleurs, je commencerai lundi en disant que je veux animer l’émission avec bienveillance mais sans complaisance. Un programme ressemble à la personnalité de celui ou celle qui le présente. Avec mes expériences sur Public Sénat et sur Europe 1, j’ai acquis une image de sérieux, de rigueur. Une chaîne info comme CNews peut également avoir cette image.

La saison passée, CNews a été fortement marquée par une grève, le contexte de cette rentrée est-il particulier ?

En toute sincérité, l’équipe m’a accueillie avec bienveillance. Je ne vois aucune différence avec les autres rédactions que j’ai connues. Je regarde droit devant, pas à droite, pas à gauche : je sais qu’en face, sur les autres chaînes, j’aurais de la concurrence [notamment celle de David Pujadas qui assurera la tranche 18h -20h de LCI], c’est stimulant. C’est comme une course de fond.

Ces derniers mois, les projecteurs médiatiques se sont un peu plus braqués sur vous. Votre échange dans « Salut les terriens ! » face à Marwan Muhammad du Comité contre l’islamophobie en France a été salué par certains, critiqué par d’autres. Etre davantage exposée, c’est quelque chose que vous redoutez ?

Très sincèrement, pour moi, cela s’inscrit dans la continuité de ce que je fais lorsque je prends une position engagée. Je l’assume depuis un certain temps maintenant. Le seul changement, c’est le média sur lequel j’évoluerai.

Il y a quelques jours, sur Twitter, vous avez réagi à la dernière une de Charlie Hebdo  en disant respecter la liberté de tout caricaturer, tout en réaffirmant aimer l’islam qu’on vous a inculqué et en dénonçant l’instrumentalisation de cette religion. En France, un journaliste qui prend position et affirme des opinions est souvent critiqué…

Cela m’étonne. Je ne suis pas de cette culture-là. Le journalisme tel que je l’aime est engagé dans les grands débats. Pas politiquement bien sûr, il n’est pas question d’avoir la carte d’un parti, mais sur les grands principes. Un tweet comme celui que vous évoquez, c’est un cri du cœur, ce n’est pas calculé. Le journaliste de demain doit être engagé sur les grandes questions. Il est impossible de ne pas prendre position. On a un rôle de pionnier et pas seulement d’animateur.

Vous ferez aussi prochainement votre rentrée le dimanche au micro d’Europe 1, de 18h à 20h…

Je reprends, avec une variante, la formule du Débat des grandes voix qui fonctionne depuis cinq ans, avec les « grandes voix » historique d’Europe 1 et une « grande voix » invitée. Il y aura aussi un module « pépites » qui mettra en avant une personnalité à laquelle les médias ne tendent pas forcément le micro mais qui gagne à être connue. Il peut s’agir de quelqu’un issu du domaine artistique, culturel, politique ou autre… Cela sera une sorte de respiration, j’y tiens beaucoup !

Allez-vous trouver le temps pour poursuivre l’écriture de votre premier roman ?

C’est un autre pari. Le projet est bien avancé. J’ai été surprise que le premier livre [Le monde ne tourne pas rond, ma petite fille, paru en début d’année, chez Flammarion et dans lequel elle relate ses conversations avec sa grand-mère sur des sujets tels que l’islam, les femmes, l’identité…] ait autant marché. La facilité aurait voulu que je rédige un autre document, or je prépare un roman contemporain sur un sujet qui sera un grand défi dans la société. Je demeure inspirée par l’actualité, même quand il s’agit d’écrire un roman, je reste journaliste.