Accusé de censurer un documentaire sur l’antisémitisme, Arte va finalement le diffuser

POLÉMIQUE «Les nouveaux visages de l’antisémitisme» avait été diffusé gratuitement sur internet la semaine dernière par un quotidien allemand...

Aliénor Falcand

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Image tirée du documentaire Les nouveaux visages de l'antisémitisme
Image tirée du documentaire Les nouveaux visages de l'antisémitisme — Bild Zeitung

Sous la pression d’une polémique née en avril après sa déprogrammation, Arte a finalement décidé de diffuser, en Allemagne et en France, un documentaire sur l’antisémitisme, mercredi 21 juin. La déprogrammation du documentaire d’Arte « Un peuple élu et mis à part : l’antisémitisme en Europe » le 26 avril dernier avait suscité de nombreux commentaires.

Niant une quelconque censure, le directeur des programmes de la chaîne franco-allemande, Alain Le Dibender, avait expliqué que le film réalisé par Joachim Schröder et Sophie Hafner s’était éloigné « considérablement du concept initialement convenu », et ne remplissait pas le cahier des charges. Le long-métrage qui devait se concentrer sur la montée récente de l’antisémitisme en Europe avait finalement dépassé les frontières et s’était principalement concentré sur le Proche Orient. « Insinuer que c’est pour des raisons politiques que le film n’aurait pas sa place dans le programme d’Arte est parfaitement absurde : la proposition acceptée par la conférence des programmes prévoyait expressément, conformément à la ligne éditoriale d’Arte, chaîne européenne, de traiter de l’antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël, et cela non pas au Proche-Orient, mais en Europe », a affirmé Arte dans un communiqué.

Un documentaire controversé

Autre problème, le psychologue Israélien Ahmad Mansour, vivant en Allemagne depuis quelques années, devait apporter un autre regard en étant co-auteur du documentaire. Seulement, pour des raisons personnelles, il s’était contenté d’un rôle de conseiller. Plusieurs journalistes ayant vu le documentaire ajoutent que de nombreuses informations sont floues et mal sourcées. Nicolas Lebourg, historien et politologue, confie ainsi aux Inrockuptibles que le documentaire serait « plus proche du conspirationnisme que de la vérité historique ».

Il y a une semaine, le tabloïd allemand Bild Zeitung a diffusé le film pendant 24 heures sur son site Internet. Puis le documentaire a été en libre accès sur Youtube, avant d’être supprimé. Un internaute a tout de même réussi vendredi à le remettre en ligne avec les sous-titres français écrits grâce au script publié par le site Causeur, selon Télérama. Volker Herres, le patron des programmes de la chaîne publique de télévision allemande Das Erste, a annoncé qu’il allait quand même diffuser le film afin que « chacun puisse se faire une idée ». Pour ne pas en priver non plus les téléspectateurs français et sous la pression des critiques, Arte a décidé de se joindre à l’ARD et de faire une émission spéciale suivie d’un débat mercredi 21 juin à 23 heures, à la place de Une seconde femme d’Umut Dag. L’Allemagne et la France seront donc coordonnées lors de cette diffusion du documentaire avec un nouveau titre : « Les nouveaux visages de l’antisémitisme ».