VIDEO. Patrick Poivre d'Arvor: «Des présentateurs comme David Pujadas et moi, je ne sais pas trop s'il y en aura plus tard»

INTERVIEW Alors que David Pujadas tirera sa révérence ce jeudi sur France 2, « 20 Minutes » a recueilli le témoignage de PPDA, lui-même passé par là en 2008…

Propos recueillis par Clio Weickert

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Le journaliste Patrick Poivre d'Arvor
Le journaliste Patrick Poivre d'Arvor — © Stephane Grangier/CNEWS

« Ce qui ne peut être évité, il faut l’embrasser ». C’est par cette phrase de William Shakespeare, que Patrick Poivre d’Arvor fit ses adieux au 20 Heures de TF1 et à ses téléspectateurs, le 10 juillet 2008, après plus de vingt ans de services. Ce jeudi soir, ce sera au tour de David Pujadas, à la tête du JT de France 2  depuis 2001, évincé en mai dernier par la patronne de France Télévisions, de tirer sa révérence. A quelques heures du moment fatidique, 20 Minutes a recueilli le témoignage de PPDA, qui officie désormais sur CNews et Radio Classique, passé préalablement par là.

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Vous avez témoigné sur Twitter de votre solidarité envers David Pujadas. Son éviction vous a-t-elle fait penser à la vôtre, il y a quasiment dix ans de cela ?

Forcément oui. J’y avais repensé quand sept ans après mon départ, j’ai vu Claire Chazal partir à son tour, et puis aujourd’hui David… Ce sont des amis. Lui, c’est quelqu’un avec qui j’avais travaillé sur LCI, et je l’avais dans mon équipe du Droit de savoir quand j’ai lancé cette émission. Puis un jour je me suis retrouvé face à lui… Nous avons toujours eu d’excellents rapports, il n’y a jamais eu d’antagonismes et pourtant nous étions concurrents. C’est une page qui se tourne.

Pensez-vous que son départ marque la fin d’une époque ?

Des présentateurs comme nous, qui durent longtemps, je ne sais pas trop s’il y en aura plus tard. Ce qui m’impressionne beaucoup aujourd’hui, c’est ce qu’on appelle le mercato à la télévision. Tout change, dès qu’un nouveau patron arrive, il estime que ce qui a existé avant lui n’a pas existé… Tout ceci se passe dans une relative indifférence et je trouve cela dommage. Je me souviens, à mon départ, on avait des audiences formidables, inouïes ! Et personne ne se plaignait de cette durée, qui je pense, est peut-être même quelque chose de rassurant pour eux. Dans ce monde de chaos, les téléspectateurs étaient plutôt contents de retrouver leur rendez-vous familial.

Cela sonne-t-il la fin de la « grand-messe » du JT selon vous ?

Cela fait un bon bout de temps que l’on ne peut plus parler de « grand-messe ». Elle existait quand il y avait deux cathédrales, TF1 et France 2, aujourd’hui il y a des tas de petites chapelles, de petites églises… Dont les chaînes d’information en continu qui ont beaucoup changé le mode de consommation de l’information. Il y a plein de diacres, mais moins d’archevêques.

Vous souvenez-vous de votre propre dernière journée à la tête du JT de TF1 ?

Ce n’était pas très facile car il y avait un grand nombre de journalistes qui étaient aux portes de TF1, ils voulaient rentrer, et la direction avait refusé puisque j’étais dans un gros rapport de force avec eux à ce moment-là. Mille personnes me demandaient mille réactions sur plein de choses, c’était extrêmement émouvant. Et par ailleurs il fallait que je déménage mon bureau puisque dans sa grande mansuétude, le président de TF1 de l’époque, qui a d’ailleurs depuis disparu, avait demandé que je fasse place nette ! Il y avait donc des déménageurs quand j’étais en train de préparer mon journal, donc évidemment pas la manière la plus placide de se préparer.

D’ailleurs lorsque j’ai commencé le journal je n’avais rien prévu pour la fin, j’ai dû improviser. J’ai dicté un petit texte à mon assistante pendant un des lancements de sujets vers 20h25. J’avais en plus une difficulté particulière parce que le patron de la chaîne voulait avoir connaissance de ce que j’allais dire. Il avait donné des consignes. Si jamais je faisais quelque chose qui ne lui convenait pas, il ferait couper l’antenne aussi sec !

>> Revivez les adieux de Patrick Poivre d'Arvor au JT de TF1 en 2008

Est-il possible de ne pas être submergé par l’émotion lors de ces adieux en direct ?

Oui car David, comme moi et d’autres, nous sommes obligés de gérer des situations autrement plus catastrophiques. Je pense que David sera évidemment à la hauteur mais ce sera un moment un peu difficile. Pour moi il y avait 400 personnes de la rédaction qui était là au studio et qui m’ont applaudi juste après. C’était un corps vivant alors qu’habituellement un journal télévisé est quelque chose de très clinique, il y a très peu de personnes sur le plateau. Mais notre boulot est d’essayer d’aller au-delà de nos émotions.

Que peut-on souhaiter à David Pujadas pour sa nouvelle vie ?

Beaucoup de bonheur, il le mérite. Et il y a un champ des possibles, que j’ai exploré par exemple depuis mon départ. J’ai écrit de très nombreux livres, un opéra, j’ai joué au théâtre, j’ai réalisé un film… Il y a mille choses qui vont lui être proposées, à lui de bien choisir. Il ne faut plus aller que vers les choses que l’on aime profondément.

Cela peut donc être un mal pour un bien finalement ?

Sur le moment on a l’impression de recevoir un immeuble sur la figure mais à vrai dire, c’est souvent une chance que vous offre la vie.