«Missions», «Transferts»… Enfin de la bonne science-fiction française à la télé?

SÉRIE TV Décollage prévu jeudi à 20h40 sur OCS City pour «Missions» et à la rentrée sur Arte pour «Transferts»…

Vincent Julé

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«Missions», une nouvelle série OCS et la preuve que la SF française existe
«Missions», une nouvelle série OCS et la preuve que la SF française existe — OCS / Empreinte digitale

La France, pays de Jules Verne, Barjavel et Mélies, a donc dû attendre les années 2010 pour quela science-fiction (SF) s’invite sur le petit écran. Alors que les Etats-Unis et l’Angleterre ont respectivement Star Trek et Doctor Who depuis un demi-siècle. Nan mais oh ! Heureusement, après plusieurs projets de passion mais sans budget (Le Visiteur du futur, Metal Hurlant Chronicles) et tentatives plus grand public mais ratées (Trepalium, Section Zéro), les planètes semblent s’aligner et le genre prendre son envol. Direction l’espace pour Missions sur OCS dès ce jeudi soir, et le futur proche avec Transferts à l’automne sur Arte. Deux séries récompensées à Séries Mania 2017.

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« Le genre n’existait pas »

« Depuis des années, mon ami scénariste Claude Scasso, avec qui je collabore sur la série Caïn et avec qui j’ai créé Transferts, me pressais pour que je me lance dans l’écriture, raconte le producteur Patrick Benedek. Mais j’ai toujours eu un blocage, une peur. Nous sommes tous deux fans de SF depuis l’adolescence, et il m’a dit un jour que pour me libérer de la pression, je n’avais qu’à me lancer sur une série d’anticipation. Il n’y avait aucune chance qu’elle soit acceptée par une chaîne, le genre n’existait pas. » Le décor est planté.

Donc Missions impossible ? « On ne s’est jamais vraiment posé la question, répond Henri Debeurne de la boîte de production Empreinte digitale. Avec OCS, on se connaît très bien, on a déjà fait Lazy Compagny et Les Grands ensemble. Lors d’une discussion informelle, est venue l’idée de faire une série SF. Sur le ton de la blague. Sauf qu’on l’a pris au pied de la lettre, on a voulu voir jusqu’au bout, avec une liberté totale. »

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Demain ou après-demain

Sur Arte, le déclic se fait avec l’arrivée d’une nouvelle directrice de la fiction et son envie de s’ouvrir au genre, suite au succès de la série suédoise Real Humans. Un peu de fantastique avec Au-delà des murs, mais surtout de l’anticipation - plus que de la pure SF d’ailleurs - avec Trepalium et maintenant Transferts. « La chaîne a été proactive, assure Patrick Benedek, certaines de nos idées un peu provocantes, non-consensuelles, sont passées et nous avons pu aller au fond des choses. Mais nous avons toujours gardé le spectateur à l’esprit, instauré une proximité, une identification, par le prisme des personnages et par un léger décalage par rapport au présent, au quotidien. »

Le futur de Transferts ressemble ainsi beaucoup à notre présent, si ce n’est que le transfert d’esprit d’un corps à un autre est possible. Ce qui devrait arriver dans la réalité demain ou après-demain. La série en explore toutes les conséquences (les fantasmes d’immortalité, les questionnements de la foi…) à travers un père de famille qui se réveille dans le corps d’un capitaine de police. Transferts, série d’anticipation mais également policière, histoire de caresser les habitudes du téléspectateur français ? Le créateur et producteur parle plutôt d’un mélange de genres, et explique que la police s’est retrouvée naturellement au carrefour de ce qu’ils voulaient raconter : « l’ironie d’un transféré illégal qui doit chasser des gens comme lui, une nouvelle forme de criminalité avec les trafics de corps et enfin la police comme corps d’état à l’instar du corps religieux ou politique ».

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Eviter un effet « Soupe aux choux »

Missions, elle, prend d’emblée ses distances. Avec la planète Terre (la série embarque le téléspectateur pour Mars), avec les références françaises (Spielberg, Interstellar, Lost… ses influences viennent plutôt d’outre-Atlantique) et avec le Paf (les épisodes font 26', un format habituellement réservé à la comédie). Mais s’est tout de même posée la question de la langue, et d’un possible effet Soupe aux choux. « Si E.T. atterrit à Central Park, ça va, mais si c’est place de l’Etoile, personne n’y croit », note Henri Debeurne. « C’est pourquoi notre équipage est européen, cosmopolite, commente le réalisateur Julien Lacombe. On y parle français, anglais et même russe. Mais sans renier notre identité propre, une approche qui est moins à proprement dit française que celle de faire la série que l’on avait envie de voir. »

Encore faut-il encore en avoir les moyens. C’est peut-être le plus grand défi de ces nouvelles séries SF françaises : ne pas être cheap, voire soutenir la comparaison des productions références du genre. « Transferts a intégré la direction artistique dans chaque étape de sa conception », révèle le créateur et producteur Patrick Benedek, qui s’est entouré d’un réalisateur de fiction mais également d’un réalisateur de jeu vidéo et d’animation, Antoine Charreyron, à qui l’on doit le film The Prodigies. Missions n’a eu que 1,5 million d’euros (« soit l’équivalent d’un 52 minutes de Canal + ») pour nous emmener pendant une saison de 10 x 26' sur Mars. La solution ? « Nous avons vendu deux saisons d’un coup à OCS pour capitaliser sur les décors et les créations, explique le producteur. Et nous en avons encore sous le pied pour une troisième. » Houston, on a eu un problème… mais ça va maintenant.

Retrouvez le premier épisode de Missions en intégralité ci-dessous.