Series Mania: «4 Blocks» explore le monde brutal des clans mafieux arabes berlinois à la «Gomorra»

coup de poing Présentée en compétition officielle au Festival Séries Mania, cette série qui met en scène la mafia arabe de la banlieue de Berlin Est est un des coups de cœur de « 20 Minutes »…

Anne Demoulin

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Toni (Kida Khodr Ramadan), Vince (Frederick Lau) et  Abbas (Aşık Veysel) dans la série «4 Blaocks».
Toni (Kida Khodr Ramadan), Vince (Frederick Lau) et Abbas (Aşık Veysel) dans la série «4 Blaocks». — Wiedemann & Berg Filmproduktion

Un thriller haletant au cœur de la mafia arabe berlinoise. Présentée en compétition officielle au Festival Séries Mania, 4 Blocks, série allemande écrite et réalisée par le cinéaste d’origine autrichienne Marvin Kren, raconte l’histoire d’Ali, alias « Tony » Hamadi, parrain d’un clan mafieux arabe. Son organisation criminelle maîtrise les machines à sous, le trafic de drogue, la prostitution et le blanchiment d’argent au sein du quartier de Neukölln, dans la banlieue de Berlin Est. Désormais père de famille posé, Toni cherche à se retirer, en toute discrétion. Mais lorsque son beau-frère est arrêté lors d’un raid, le voici obligé de reprendre les commandes du business familial… Présenté par Séries Mania comme le «  Gomorra » allemand, pourquoi ce polar survitaminé est un des coups de cœur du festival pour 20 Minutes.

Les codes de la saga mafieuse

4 Blocks reprend les codes du genre, des crises familiales façon Les Soprano de David Chase à la violence crue de la trilogie The Pusher en passant par la tête d’animal envoyée en avertissement au clan ennemi comme dans Le Parrain. Ali Hamadi se fait surnommer Tony en référence au film qu’il aimait dans sa jeunesse, Scarface. « Avec mon chef-opérateur, nous avons revu certains de nos films de mafia préférés, comme Les Affranchis ou la trilogie The Puscher. Et puis nous nous sommes arrêtés, parce qu’on connaissait tout cela », explique Marvin Kren.

La découverte d’une organisation méconnue

4 Blocks plonge le téléspectateur une organisation criminelle méconnue : « A part les gros titres des journaux, nous ne savons pas grand-chose de ces clans arabes à Berlin-Neukölln », raconte le réalisateur, qui a choisi une approche à la croisée de la fiction et du documentaire. « Nous nous sommes surtout inspirés de l’atmosphère de ce quartier, notamment de la Schönhauser Allee. Lumière, musique, nourriture, vêtements, tout est devenu naturel », poursuit-il.

Le réalisateur s’est appuyé sur l’acteur libanais Kida Khodr Ramadan, qui joue le personnage principal : « Il est très connu dans le quartier de Neukölln. Nous avons fait un deal, il avait le rôle mais il m’ouvrait les portes de ce quartier », confie Marvin Kren. Le cinéaste a rencontré les caïds de ce quartier : « Ces gens de la mafia m’ont regardé et ont compris mon approche. Ils avaient tellement envie de raconter leur histoire, personne ne leur avait demandé avant », détaille-t-il.

La question sociale des banlieues allemandes

Au delà de la série mafieuse, 4 Blocks traite de la question de l’intégration en Allemagne, question éminemment actuelle avec la vague de réfugiés récemment installée. « Ces clans arabes sont le résultat d’une politique d’intégration qui a échoué et la série essaye de montrer pourquoi cela n’a pas marché », estime Marvin Kren, qui rappelle que les Libanais sont « venus pendant la guerre du Liban, en tant que réfugiés, et n’étaient pas autorisés à travailler ou à aller à l’école. »

Une mise en scène parfaitement maîtrisée

« C’est une série dure où tout le monde colle à sa communauté et où personne n’aime personne », résume Marvin Kren, qui signe une réalisation survitaminée « aussi proche que possible des émotions et des personnages ». Aux séquences ultra-rythmées filmées en gros plan ou en caméra subjective, brut de décoffrage, il conjugue les plans larges et lumineux de l’appartement de Tony et les scènes typiques quasi-documentaires de la vie quotidienne du quartier de Berlin-Neukölln.

Marvin Kren a souhaité « une série aussi authentique que possible » et a convoqué aux côtés des acteurs professionnels comme Frederick Lau (la révélation de Victoria), des acteurs non-professionnels, si bons qu’on ne perçoit pas qu’ils soient des amateurs. « Ils ont fait beaucoup de répétitions et j’ai fait appel au coach, Giles Foreman, qui travaille avec Tom Hardy », précise-t-il.

Sa série, enfin, est habitée par la musique, du rap à la techno en passant par la musique orientale et classique. « La musique électronique est dans tous les clubs à Berlin, mais le hip-hop grandit surtout dans la rue », détaille le réalisateur. Toujours inédite à la télévision (4 Blocks sera diffusée en mai en Allemagne), on espère que le monde cruel, fascinant et bestial de 4 Blocks trouve rapidement une place sur le petit écran français.