«La Trêve», «Beau Séjour», «Zone Blanche»... Le boom des séries belges en France

SERIE TV Après « La Trêve », « Ennemi public » et « Beau Séjour », la série « Zone blanche », ce lundi soir sur France 2, confirme la vitalité de la fiction belge, qu’elle soit flamande, wallonne ou une coproduction…

V. J.
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«Zone Blanche», nouvelle série événement France 2 et coproduction franco-belge
«Zone Blanche», nouvelle série événement France 2 et coproduction franco-belge — Jean-philippe BALTEL / EGO PROD

Avec Zone Blanche ce lundi soir, France 2 propose une nouvelle série événement en prime time, et une tentative de renouveler le genre policier en l’emmenant vers des chemins moins balisés : une immense et mystérieuse forêt, des codes proches du western et un appel à l’irrationnel, au fantastique. Mais Zone Blanche est également une coproduction franco-belge, et une preuve supplémentaire de la vitalité de la fiction belge.

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Belges et flamandes

En quelques mois, le téléspectateur français a ainsi pu découvrir La Trêve sur France 2, Ennemi public sur TF1 et Beau Séjour sur Arte, meilleure audience série de la chaîne en 2017. Trois séries en provenance de Belgique, trois séries récompensées l’année dernière à Séries Mania. « Le festival a programmé des fictions belges dès la troisième année, commente son directeur artistique Frédéric Lavigne. Citons De Ronde sur le cyclisme, Deadline 14/10 sur fond d’élections municipales, Cordon sur une épidémie, Strikers sur le football… Des sujets très variés, très originaux, mais elles n’ont pas passé la frontière, pas trouvé de diffuseur en France. » La faute à la langue ? En effet, les séries citées sont en fait flamandes.

Or, la Flandre possède, à son échelle, une véritable industrie des séries. « Depuis 20 ans, les trois chaînes flamandes font beaucoup pour la fiction, confirme la productrice Helen Perquy. Des séries haut de gamme comme Beau Séjour, une trentaine de boîtes de production en activité, des acteurs starifiés, etc. » Aujourd’hui, Helen Perquy regarde vers l’exportation et la coproduction, mais toujours avec des séries locales, dont le thriller Tabula Rasa porté par Veerle Baetens, la star d’Alabama Monroe.

Un fonds d’aide et un emballement immédiat

La région wallonne et francophone, elle, est longtemps restée en retrait, et tournée vers la France. « Beaucoup de moyens étaient mis sur une seule série ou dans les coproductions, par exemple Joséphine, ange gardien, explique Jeanne Brunfaut, directrice générale adjointe du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. A part A tort ou à raison [sur France 3] et Melting Pot Café [TV5 Monde], il n’y avait pas de séries locales, peu de scénaristes télé. » Qu’est-ce qui a changé ? « Nous nous sommes rendu compte que l’audience des séries propres à chaque pays augmentait partout en Europe, sauf donc en Belgique et aussi en France, encore sous domination américaine », raconte François Tron, directeur des antennes de la RTBF. Il a donc fallu tout inventer, ou presque, mutualiser les énergies des auteurs, réalisateurs et producteurs, à travers un projet public, un fonds d’aide.

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« Une grande liberté accordée aux auteurs »

Lancé en 2013, le fonds de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la RTBF a eu un effet d’emballement immédiat et d’ébullition créative. Sous certaines conditions. « Les règles étaient claires dès le début, explique Jeanne Brunfaut. Le budget par épisode était serré, plafonné à 200.000€. » François Tron ajoute qu’il a fallu être à la fois rapide et raisonnable. C’est pourquoi il a mis en place un système innovant, inspiré du modèle américain et qu’il avait appliqué aux séries jeunesse lors de son passage à la tête de France 2 : le tournage de petits pilotes de 15 minutes. Et toujours « une grande liberté accordée aux auteurs », comme cela a été le cas au Danemark et en Suède.

La Trêve et Ennemi Public faisaient partie du premier appel d’offres. Deux polars, et donc une prise de risque moindre ? « On a reçu essentiellement du criminel, répond la directrice générale adjointe du CNC belge. Les scénaristes étaient très influencés par True Detective ou Breaking Bad. C’est peut-être une question de mode, mais ça a marché. » Les audiences ont été très bonnes lors de la diffusion des deux séries sur La Une en Belgique, et très correctes pour La Trêve sur France 2 avec une moyenne de 2,6 millions de téléspectateurs. En revanche, le bilan est plus décevant pour Ennemi public sur TF1 avec une moyenne de 3,1 millions, la faute peut-être à une programmation en pleines vacances scolaires pour une série très noire.

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Parmi les nouveaux projets soutenus par le fonds, François Tron assure qu’il y a de l’humour, de l’espionnage, du fantastique et encore de la criminalité, mais de « cybercriminalité ». Et Comme les autres. ll s’agit d’une comédie sur une usine de chocolats dont les employés sont des handicapés mentaux, en fait l’adaptation d’une série flamande,Team Chocolat, à découvrir au prochain Séries Mania. La boucle est bouclée.