«Buffy» immortelle: Pourquoi parle-t-on toujours de la série vingt ans après?

SÉRIE TV « Buffy contre les vampires » est entrée il y a vingt dans l’histoire de télévision et le cœur des spectateurs, pour ne plus jamais les quitter…

Vincent Julé

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Buffy forever
Buffy forever — 2012 Fox

Les yeux au ciel. Faites le test chez vous, évoquez Buffy comme l’une des séries les plus importantes de l’histoire de la télévision, voire la meilleure, et appréciez : les yeux au ciel. Pour ceux qui ne l’ont pas vue, ou mal vue, à l’époque et pour les nouvelles générations qui ne l’ont pas encore découverte, déterrée, la série se limite en effet à son titre  Buffy contre les vampires. Soit un teen show avec des démons. Ce qu’elle est, et ce n’est pas un gros mot. Mais le fait même d’en parler encore, vingt ans jour pour jour après son lancement le 10 mars 1997 sur WB, prouve qu’elle est aussi beaucoup plus.

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« C’est plus qu’une série à mes yeux »

Pour les téléspectateurs français, Buffy, c’est avant tout M6, la « Trilogie du samedi », les années 1990 et des souvenirs précis, personnels, quotidiens, « life changing ». « Buffy est une série destinée aux adolescents au départ, témoigne Clotilde. J’ai eu la chance de la découvrir précisément dans cette période de ma vie, à 15 ans, sur une toute petite télé posée au sol. On ne le dit plus aujourd’hui, mais regarder Buffy en 1998, c’était faire partie du clan des antisociaux et/ou des impopulaires. »

Amandine confirme : « La série m’a permis de grandir, d’avoir du caractère et d’être celle que je suis aujourd’hui. Elle restera toujours au-dessus des autres, et c’est plus qu’une série à mes yeux. » Damien, 31 ans, a vécu son coming out en même temps que le personnage de Willow : « Grâce à elle, j’ai eu le courage à le dire à ma famille et amis ». Premières ruptures, entrée à la fac, décès d’un parent, homosexualité… selon Jessica, la série a su traiter avec brio les différents problèmes de la vie courante.

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Dans tous les tops des meilleures séries de tous les temps

De série générationnelle, Buffy est devenue culte en s’invitant dans tous les tops des meilleures séries de tous les temps : TV Guide (41e), Rolling Stone (38e), Hollywood Reporter (27e), Empire (2e), etc.. Outre-Atlantique, les critiques se reposent ainsi souvent la question, à l’instar du respecté Alan Sepinwall en 2006 :  Pourquoi Buffy est l’une des meilleures séries télé ? « Les grandes séries comme les grandes idées viennent à pattes de velours, commente l’essayiste Pacôme Thiellement, auteur de Pop Yoga ou Les mêmes yeux que Lost. Il a fallu presque quatre siècles pour Shakespeare, donc vingt ans pour Buffy, ça va. » (rires) En fait, il est sérieux.

« Lors de sa première saison, Buffy ne se démarquait pas forcément d’une série ado avec des monstres, une série séduisante, plaisante, divertissante, explique-t-il. Mais elle a connu un développement extraordinaire, s’est imposée comme un jalon, un modèle de série grand public. On ne compte plus aujourd’hui les enfants de Buffy. » Et si la série est restée selon lui, c’est aussi qu’elle est née d’un médium « pauvre » : le teen show. Enfin « pauvre » dans le sens trop balisé, presque caricatural et donc propice à faire sa révolution, et à donner un chef d’oeuvre.

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La « Buffyology » ou l’étude de Buffy à l’université

Buffy est une oeuvre à double détente, de celle qui mérite plusieurs visionnages. Pour Pacôme Thiellement, elle a inventé un langage « entre le Shakespeare du XVIe siècle et la pop culture du XIXe », fait se rencontrer le sacré et l’initiatique, envisagé le féminisme non pas comme un mouvement mais comme une question philosophique : « Même les personnages modernes d’aujourd’hui ne sont pas plus modernes que ceux de Buffy ». Enfin, son créateur Joss Whedon a pris le temps de la septième et ultime saison pour dire au revoir, et non pas arrêter la série mais la donner aux spectateurs. Ce sont eux qui l’ont fait à travers les années, spin-offs, comics, fan fictions ou publications universitaires.

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Vous avez bien lu. Alors qu’il s’intéressait aux écrits académiques sur la pop culture en 2012, le site Slate a découvert que la saga Alien comptait 86 études, Matrix 71, Les Simpson 29 ou The Wire 85. Et Buffy ? Plus de 200. On parle même de « Buffyology » : « Buffy, spectacle allégorique de la vie postmoderne ? », « Buffy, examen philosophique de la subjectivité et de la vérité ? », « Sexe et la tueuse, une étude de genre ». Si la majorité de ces publications sont anglo-saxonnes, la France bûche également le sujet, avec unPhiloséries : Buffy tueuse de vampires de Sylvie Allouche et Sandra Laugier, ou encore Buffy contre les vampires, une épopée trifonctionnelle dumézilienne d’Alexandre Avon. Vous avez quatre heures. Ou vingt ans.